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16h34 : retour sur les inégalités professionnelles entre hommes et femmes


Aurélien Boutaud | 15 novembre 2016 | Mots-clés inégalité statistique équité discrimination | Fils rouges chiffres

Le 7 novembre dernier, le collectif féministe Les Glorieuses invitait les femmes à quitter leur travail à 16h34, prétextant qu’au-delà de cette heure – et pour le reste de l’année – elles travaillaient bénévolement.

Vraiment ? En réalité, il s’agissait pour les Glorieuses de dénoncer les 15,1% d’écart de rémunération entre hommes et femmes qui continuent de persister en France. Si ces inégalités n’existaient pas, autrement dit si les femmes étaient payées comme les hommes, elles pourraient conserver le même salaire annuel et arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34…

Des inégalités plurielles : temps de travail et autres facteurs

Inspirée d’une initiative islandaise, la revendication des Glorieuses s’appuie sur les chiffres d’Eurostat. Mais que signifient et comment sont produites de telles statistiques ?

Pour le comprendre, il est plus aisé de se pencher sur les données détaillées de la France construites par l’Insee et le Ministère du travail. Sur cette base, l’Observatoire des inégalités constate alors que les différences de salaires entre hommes et femmes sont en réalité de 25,7% : c’est à dire qu’en moyenne, les femmes gagnent 25,7% de moins que les hommes (avec des écarts plus importants en haut de l’échelle des salaires qu’en bas). Mais cette différence s’explique pour partie par un temps de travail globalement plus faible, puisque les femmes sont davantage concernées par les contrats à temps partiel et effectuent moins d’heures supplémentaires que les hommes. A temps de travail équivalent – ou plus précisément à temps complet – ces inégalités sont encore de 16,3 % . C’est cette inégalité de rémunération ajustée du temps de travail (mais calculée sur les bases des données Eurostat) qui est utilisée par le collectif Les Glorieuses.

Une discrimination « pure » d’environ 10%

Ceci étant dit, ces 15 à 16% d’inégalités ne sont pas exclusivement liées à la discrimination hommes-femmes, puisque d’autres facteurs expliquent également ces inégalités : l’âge, le secteur d’activité ou encore la taille de l’entreprise peuvent influer les salaires. En prenant en compte ces autres éléments, on obtient alors un résidu d’environ 10,5% qui ne semble s’expliquer que par la discrimination « pure » envers les femmes. Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, les femmes touchent en moyenne 10,5% de moins que les hommes.  

Plus diplômées… et pourtant moins présentes dans les postes qualifiés 

Pour autant, cette discrimination « pure » de salaire ne doit pas forcément être considérée comme la plus marquante. Car elle cache des formes d’inégalité tout aussi importantes, qui touchent notamment à l’accès aux postes les plus qualifiés. Sur la base des résultats de l’enquête conditions de travail 2013, Jean Gadrey rappelle par exemple que les femmes en emploi sont aujourd’hui nettement plus diplômées que les hommes. Pourtant, elles accèdent encore beaucoup moins aux postes d’encadrement.

Source : enquête emploi, calculs Insee corrigeant les ruptures de séries, rapporté par J. Gadrey

Depuis 1982, l’écart est resté quasi constant : avec un rattrapage de 0,9 point en 30 ans, il faudrait-il près de deux siècles pour atteindre l’égalité ! Encore largement de quoi alimenter les débats dans les années à venir !