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Activités de loisir des jeunes, colonies de vacances, mini-camps... Où en est la mixité ? (1)


Cédric Polère | 18 octobre 2016 | Mots-clés mixité éducation cohésion sociale jeunes enfance | Fils rouges discrimination

Alors que les colonies de vacances concernaient près de 4 millions d’enfants et adolescents dans les années 1960, elles n’en touchent plus qu’1,3 million aujourd’hui. Elles ont longtemps été un vecteur de mixité sociale, mais c’est bien moins le cas aujourd'hui. Pourquoi, et quelle questions cela pose à l’action publique ?

Une bonne image

Selon l’étude Ifop « Les Français et les colonies de vacances », réalisée du 23 au 25 mai 2016 sur un échantillon représentatif de la population française à la demande de la Jeunesse au Plein Air (JPA), trois quarts des Français ont une bonne opinion des colonies de vacances. 90% sont d’accord pour dire que les activités emblématiques des colonies de vacances (veillées, grands jeux) sont des souvenirs inoubliables. Un sondé sur deux pense que les colonies de vacances permettent avant tout à un enfant d’apprendre la vie en collectivité (51%). Pourquoi sont-elles alors en déclin ?

La réponse se trouve dans un rapport d’évaluation sur la mixité sociale dans les colonies de vacances (Bacou et al., Des séparations aux rencontres en camps et colos. Rapport d’évaluation du dispositif « #GenerationCampColo », 2016) commandé par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, ainsi que dans d’autres travaux récents. 

Les causes du déclin

Depuis les années 1990, les vacances en famille, tendent à devenir pour une proportion croissante d’enfants et d’adolescents, le seul mode de vacances. En 2011, ce type de vacances a concerné 61 % des 5-19 ans, contre 52 % en 2004. Selon l’étude Ifop, le coût financier du séjour (pour 59% des sondés) et le manque de confiance dans le personnel accompagnant (pour 57%) sont les principaux freins au recours à une colonie de vacances. Le coût d'un séjour d'une durée d'une semaine atteint aujourd’hui 500 € en moyenne. Pour les familles ne bénéficiant d’aucune aide (CAF, CE, CCAS…), cela peut être décisif.

Le rapport pointe aussi une réorientation de l’offre qui a commencé voilà deux décennies. La hausse des coûts et un début d’érosion des effectifs ont provoqué la fermeture d’infrastructures, qu’il était trop couteux de mettre aux normes de sécurité, d’hygiène ou d’accès handicap. Ainsi, les Alpes Maritimes qui en comptaient 50 au début des années 1960, n’en ont plus qu’un aujourd’hui. Les organismes ont développé des stratégies commerciales. Leur offre s’est tourné, et ce depuis les années 1980, principalement vers les familles aisées, attirées par la consommation de loisirs spécialisés, ou vers les familles soutenues par les comités d’entreprise. Conséquence : la disparition progressive des colonies généralistes accessibles à tous, alors que les colos à thème (de l’astronomie au poney, de l’anglais à la danse, surf ou rafting) ont connu un essor.

Les familles plébiscitent les séjours qui vont développer les compétences de leurs enfants, et non contribuer à leur éducation. « Les colonies de vacances sont de plus en plus souvent appréhendées comme des espaces de plus-value, qu’il s’agisse de séjours linguistiques, de stage d’apprentissage de la conduite ou de séjours de découverte d’un pays ou d’une pratique culturelle ou sportive » (colloque de l’Union nationale des associations de tourisme de plein air (UNAT) « Les colos, un enjeu pour la jeunesse », 20 nov. 2015).

Ce qui plaît ce sont les séjours courts, culturels et touristiques, de proximité ou à l'étranger, les mini-camps, les séjours sportifs, linguistiques, parfois centrés sur l’activité pratiquée tout au long de l’année par l’enfant, ou encore centrés sur la préparation intensive au permis de conduire.

La thématisation va de paire avec une spécialisation sociale. Les colos généralistes des années 1960-80, longues de deux à quatre semaines, mélangeaient beaucoup plus facilement les classes sociales, les âges et les sexes : « Les temps libres - plus rares dans les colos à thème d' aujourd’hui - étaient particulièrement propices à la rencontre, aux amitiés et amours d’été, entre les jeunes de tous âges et de toutes classes sociales » (Magali Bacou et Yves Raibaud, 2016).

Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est de continuer à faire des colonies de vacances des espaces de mixité (voir par exemple l'article de La Croix du 9 août 2016). C’est d’autant plus vital que globalement, la mixité dans le logement et la mixité à l’école régressent en France. Et que si la majorité des parents voient dans les colos, mini-camps et inscription au centre de loisirs une expérience d’apprentissage à la vie en société, qui permet à l’enfant d’interagir avec d’autres, issus de tous horizons et de se créer de nouveaux amis, un part non négligeable des parents veut explicitement une socialisation et des relations amicales « entre soi ». Ils ne sont pas d’accord avec l’idée que leur enfant aurait intérêt à côtoyer des enfants d’origines sociales et culturelles diversifiées (enquête conduite en 2014 par l’Ovlej, Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes).

Pour Jeunesse au Plein Air, les colonies de vacances et les centres de loisirs représentent l’un des derniers espaces où les enfants issus de milieux sociaux et culturels différents se découvrent et s’enrichissent de leurs différences. « D’un point de vue pédagogique, les colos constituent des microsociétés et contribuent à la socialisation des jeunes et à la formation des citoyens(-nes) de demain ; elles permettent aux enfants et aux jeunes de vivre les mixités dans un cadre sécurisé et sécurisant. En cela, la décision politique de laisser le marché gérer les colos ou au contraire de soutenir le secteur représente un enjeu fort », explique ainsi son président, Jacques Durand. 

Une responsabilité des politiques publiques dans la diminution de la mixité sociale dans les colonies

En schématisant, l’État, plutôt que de développer l’offre et les infrastructures, a laissé le secteur privé développer l’offre de vacances et n’a subventionné que l’accueil des publics dits prioritaires. D’un côté se sont mis en place des séjours et activités organisés par les municipalités, orientés vers la prévention de la délinquance et proposant des activités qui, de fait, concernent  surtout les jeunes garçons des cités (voir billet suivant), et de l’autre côté, des colonies destinées aux enfants des catégories moyennes-supérieures, alors que les enfants des classes moyennes, qui ne constituent pas la cible des organisateurs publics et privés, ont été en partie éclipsés.