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Affiner le regard sur le migrant : 5 propositions


Sylvie Mauris-Demourioux | 10 février 2016 | Mots-clés migrant représentations étranger | Fils rouges publics exclus

La journée internationale des migrants du 18 décembre essaie de faire bouger les lignes sur la question des migrations. Acteurs internationaux (Organisation Internationale pour les Migrations, Banque mondiale), associatifs (La Cimade, réseau Migreurop), chercheurs… se mobilisent pour lutter contre les préjugés, aider à comprendre les enjeux de l’immigration et des politiques migratoires, remettre de l’humain dans le débat.

Proposition 1 – Se repérer. Il n’y a pas de consensus sur la définition du migrant. Pour l’UNESCO, c’est toute personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays tandis que pour l’ONU c’est tout citoyen installé dans un autre pays que le sien depuis au moins 1 an. Les raisons de la migration peuvent être économiques, culturelles, politiques, environnementales, personnelles, etc. Le terme de migrant recouvre une grande variété de statuts : le demandeur d’asile qui veut obtenir le statut de réfugié, le déplacé interne (les plus nombreux), le clandestin ou sans-papier.  Pour y voir clair, le Musée de l’histoire de l’immigration propose des ressources en ligne, et Les Décodeurs du journal Le Monde une série de cartes, graphiques et vidéos.

Proposition 2 - Relativiser la situation européenne. Selon une estimation de la Banque mondiale (Les migrations internationales atteignent un niveau record, 18 décembre 2015), en 2015, 250 millions de personnes ont migré soit 3% de la population mondiale. La plupart d’entre elles s’installe dans des pays proches géographiquement ou culturellement : les flux entre pays en développement sont ainsi plus importants qu’entre pays en développement et pays développés. L’Union Européenne compte 34 millions d’étrangers (soit 7% de sa population) dont près de la moitié sont ressortissants d’un autre État membre de l’UE. Les pays accueillant le plus d'immigrés sont les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite, l'Allemagne, la Russie et les Emirats Arabes Unis. A peine 6% de ces migrants sont des potentiels réfugiés dont 86% d’entre eux cherchent d’abord asile dans les pays voisins (Turquie, Pakistan, Liban, Iran, Ethiopie, Jordanie, Kenya, Tchad, Ouganda, Chine).

Proposition  3 – Déconstruire l’association migrant - risque. Conceptualisée au 19ème siècle, la figure de l’étranger inassimilable se reconfigure perpétuellement en fonction des crises et des époques. Le groupe stigmatisé change, mais le problème reste identique (Yves Charles Zarka, « Dans quel monde voulons-nous vivre ? »). Dorénavant, c’est le migrant qui incarne cette dangerosité. Comme en témoigne le récent rapport Moving Stories, du réseau pour un journalisme éthique, sur la manière dont les médias couvrent la crise migratoire, le discours sur les migrants, trop globalisant, lacunaire et mal-informé, contribue à perpétuer ces représentations. 

Le migrant est présenté et perçu comme un risque économique, social, identitaire, terroriste, voire sanitaire. Le débat sur la capacité des économies européennes à accueillir des migrants est vigoureux : si la Commission européenne estime que cela aura un faible impact sur les finances publiques des pays d’accueil et un effet positif sur leur croissance économique (plus ou moins sensible selon le niveau de qualification des migrants accueillis), l’économiste Herman Daly doute de la pertinence d’aborder la question par le seul prisme de la croissance économique. D’autres rappellent que vu le coût humain et financier du passage pour l’Europe, ce ne sont pas les plus démunis qui arrivent.

Proposition  4 - S’interroger sur l’hospitalité. Au nom de quoi nos sociétés, bâties sur des migrations, sont-elles aussi inhospitalières ? Le juriste Ricardo Guibourg s'interroge : « Avons-nous (nous attribuons-nous) le droit d’empêcher que les autres viennent évoluer là où nous avons évolué ? […] Quelle justification sommes-nous disposés à brandir pour nous approprier l’exclusivité des biens construits par ceux qui vécurent avant nous ? ». N’est-ce pas oublier un peu vite qu’au 19ème siècle, 12% d’européens ont fui la misère en migrant aux USA, Canada, Argentine et Brésil et qu’in fine « Nous sommes tous des migrants » si ce n’est personnellement, par nos ancêtres ?

© www.iamanimmigrant.net

Proposition  5 – Ecouter les migrants.  Substituer des visages et des histoires à des chiffres, des nationalités, des statuts. Suivre au fil des textos envoyés à ses proches, le voyage de Dash de Syrie en Allemagne ou celui de Rasha Halabi à travers son journal, faire connaissance avec Jackson, Ahmet et les autres (Campagne « I’m a migrant » de l’Organisation Internationale pour les Migrations), lire les récits de la campagne britannique « I’m an immigrant ». 

Pour aller plus loin :