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Allers-retours fréquents entre emploi et chômage, une situation de plus en plus répandue


Boris Chabanel | 6 septembre 2016 | Mots-clés insertion chômage précarité | Fils rouges emploi & insertion

Comme on l’a évoqué dans un billet précédent, le taux de chômage (et notamment de longue durée) ou la part des contrats courts dans le stock d’emplois salariés ne disent pas tout de l’évolution de la situation de l’emploi. Cette dernière doit également s’analyser à la lumière des flux de main d’œuvre (entrées et sorties de l’emploi) enregistrés tout au long de l’année sur le marché du travail. En effet, comme le suggèrent différentes études, seule une approche dynamique permet de rendre compte de l’amélioration ou de la dégradation des trajectoires professionnelles des actifs. De ce point de vue, plusieurs éclairages font état d’une augmentation de la part des actifs qui connaissent des transitions fréquentes entre emploi et chômage.

On constate tout d’abord que les modalités du retour ou de l’accès à l’emploi ont une influence directe sur les transitions vers le chômage. Dans une étude publiée en 2014 (déjà évoquée dans un billet précédent), l’Insee met en évidence une forte dégradation des conditions d’embauches au cours des dernières décennies : les contrats de moins de trois mois sous CDD et intérim, qui ne représentaient qu’un peu plus d’une embauche sur trois en 1982, en représentent en 2011 près de neuf sur dix. Or, comme le souligne l’Insee dans ses statiques annuelles sur l’emploi et le chômage, cette précarisation de la relation aboutit logiquement au fait que la fin d’un emploi à durée limitée constitue aujourd’hui plus de la moitié (50,9%) des circonstances de la perte du dernier emploi des chômeurs, les licenciements n’en représentant que 11,4%.

Un autre indice de la montée des allers-retours entre emploi et chômage nous est fourni par la Dares. Dans une étude intitulée "Quand les demandeurs d’emploi travaillent" publiée en 2013, elle constate qu’une part de plus en plus importante des demandeurs d’emploi exerce une activité réduite tout en recherchant un emploi : si l’on actualise cette étude avec les dernières statistiques de la Dares sur les demandeurs d’emploi, on constate que cette part a quasiment doublé depuis le milieu des années 1990 et représente en juillet 2016 plus du tiers (35,6%) des demandeurs d’emplois inscrits en catégories A, B ou C, soit près de 2 millions de personnes.

Troisième éclairage, une étude de l’Unedic publiée en 2015 montre que parmi les 4,6 millions de personnes indemnisées en 2011, 2,6 millions (soit 57 % de l’ensemble) avaient travaillé majoritairement sur des contrats courts au cours des dix années précédentes.

In fine, ces études soulèvent la question des effets de cette forte progression des actifs alternant emploi et chômage sur l’évolution des trajectoires professionnelles. Selon l’étude de l’Insee évoquée plus haut, ces évolutions montrent que le marché du travail en France tend à s’éloigner d’un modèle de file d’attente, où les emplois instables sont des tremplins vers l’emploi stable, pour se rapprocher d’un modèle de plus en plus segmenté, où les emplois stables et les emplois instables forment deux mondes séparés. D’un côté, un stock d’emplois instables, dont la part dans l’emploi est stabilisée depuis 2000, mais qui sont occupés sur la base de contrats de travail de plus en plus courts et constituent ainsi une "trappe" pour ceux qui les occupent. De l’autre, des salariés en situation stable qui seraient de moins en moins enclins à quitter leur entreprise, compte tenu de l’évolution observée sur le marché du travail. L’Insee souligne ainsi que la probabilité qu’un salarié en CDD ou en intérim occupe un emploi en CDI un an plus tard ne cesse de diminuer sur longue période : elle est passée de 50% en 1982 à 20% en 2011.

Source : Dares, DARES ANALYSES, Janvier 2013, n°002