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Anticiper les mutations économiques et leurs implications en matière d’emplois et de compétences


Boris Chabanel | 4 mars 2016 | Mots-clés chômage métiers mobilité prospective | Fils rouges emploi & insertion

Nous vivons désormais à l’heure des restructurations permanentes, les grandes firmes mondialisées restant rarement sans qu’une opération de fermeture, d’absorption ou de reconfiguration ne soit engagée dans une ou l’autre de leurs implantations. Or, en France ces restructurations restent d’abord appréhendées de façon curative et « court-termiste ». Négligeant les signes avant-coureurs, les dispositifs et les pratiques des acteurs s’inscrivent avant tout dans une logique de gestion de crise « à chaud » des destructions d’activités et d’emplois qu’elles génèrent. Telle est la conviction exprimée par la mission « accompagnement et anticipation des mutations économiques » qui a remis ses travaux au premier ministre en septembre 2014.

Selon ses contributeurs, parmi lesquels figurent les économistes Bernard Gazier et Gabriel Colletis, les restructurations d’entreprises devraient être davantage considérées pour ce qu’elles sont, à savoir les symptômes de mutations économiques plus larges : intensification de la concurrence internationale, essor des marchés émergents et transformation des marchés matures, accélération du changement technologique ou encore financiarisation de l’économie. Constitutives des sociétés modernes, les mutations économiques doivent être interprétées, selon les auteurs, avant tout sous l’angle de la « destruction créatrice » chère à Schumpeter. Sources de menaces mais aussi d’opportunités nouvelles, les mutations économiques expriment des changements structurels et systémiques qu’il serait vain, voire même dangereux, de vouloir éviter ou ignorer.

Forte de ce constat, la mission propose de développer une approche offensive et préventive de la gestion des mutations économiques, tournée résolument vers la construction de l’avenir. Selon ses promoteurs, le socle de lois et d’accords nationaux interprofessionnels qui l’encadre ne doit pas faire oublier que la gestion des mutations économiques se joue avant tout à l’échelle des territoires. C’est en effet dans leurs territoires d’implantation (et en particulier dans les agglomérations) que les firmes puisent une large partie des ressources (main d’œuvre, fournisseurs, sous-traitants, services aux entreprises, laboratoires de recherche, etc.) de leur compétitivité. C’est aussi à cette échelle que se manifestent les implications organisationnelles des restructurations d’entreprise – évolutions des effectifs et des métiers, de l’organisation du travail, des relations d’emploi, etc. – et leurs répercussions les plus palpables sur le reste de la société.

Dès lors, selon la mission, l’anticipation des mutations économiques à l’échelle des territoires implique un effort de mobilisation et coordination de l’ensemble des acteurs confrontés aux changements : entreprises, collectivités, service public de l’emploi, chambres consulaires, partenaires sociaux, structures de l’insertion par l’activité économique, organismes de formation, etc. Ceci afin d’identifier collectivement de façon proactive les évolutions sectorielles (niveau de l’activité, tendances des marchés, pressions concurrentielle, enjeux de compétitivité, etc.) et leurs incidences en matière de compétences et d’emploi. Sur cette base, il est alors possible de construire des dispositifs d’action coordonnés articulant soutien au développement des entreprises et sécurisation des transitions professionnelles sur le marché du travail local.

Source: rapport de la mission "accompagnement et anticipation des mutations économiques", 2014