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Automatisation (1) : vers des destructions massives d’emplois ?


Boris Chabanel | 18 avril 2016 | Mots-clés chômage métiers prospective | Fils rouges emploi & insertion

S’il n’est pas nouveau, le débat sur l’automatisation du travail prend une acuité croissante avec l’approfondissement de la révolution numérique. Le traitement des données de masse (big data), l’augmentation des capacités de calcul des ordinateurs (qui doublent environ tous les deux ans) et le perfectionnement des logiciels de machine learning (apprentissage automatique via des algorithmes) offriraient en effet des possibilités inédites de substitution des emplois par des robots ou des systèmes d’intelligence artificielle.

Une série d’études parues ces dernières années prévoient ainsi des destructions massives d’emplois dans les années à venir. En 2013, une étude publiée par l’université anglaise d’Oxford a fait grand bruit en estimant que 47 % des emplois actuels aux États-Unis étaient menacés de disparition dans les deux prochaines décennies du fait de l’automatisation. Ce faisant, cette étude montre que les métiers les moins exposés sont ceux mettant en jeu la créativité, les relations interpersonnelles (vendre, éduquer, motiver, soigner, etc.) et les tâches impliquant de la dextérité (coiffeurs, jardiniers, plombiers, etc.). Appliquant à l’Europe cette méthodologie d’évaluation du degré de « computerisation » des métiers, le think-tank Bruegel estimait l’année suivante à 54% l’impact sur les emplois européens. En 2014 toujours, le cabinet de conseil Roland Berger annonçait que plus de 3 millions d’emplois étaient menacés à l’horizon 2025 en France.

D'une manière générale, ces études montrent que les pertes d'emploi concerneraient non seulement l’industrie, où les progrès de la robotique tendent à élargir le spectre de tâches manuelles automatisables, mais aussi, et c’est la nouveauté, les services puisque l’intelligence artificielle parait en mesure de prendre en charge des tâches cognitives de plus en plus complexes. Ainsi, selon l’étude de Roland Berger, ce qui rend une tâche automatisable à l’heure du digital, c’est avant tout son caractère répétitif, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. A l’inverse, les tâches préservées de l’automatisation sont celles qui requièrent de la créativité, du sens artistique, de l’intelligence sociale et du contact humain, ou de la dextérité, qu’elles se rapportent à un métier manuel ou intellectuel, peu ou bien qualifié.

Source: Alternatives Economiques, M.Chevalier, 2014

Au total, comme le formule Thibaut Bidet-Mayer dans une note publiée récemment par la Fabrique de l’industrie, ces éclairages laissent à penser que le phénomène de « déversement sectoriel » décrit par Alfred Sauvy serait désormais arrivé à son terme. Tandis que la mécanisation de l’agriculture a conduit à un basculement massif de main d’œuvre vers le secteur secondaire, puis les gains de productivité dans l’industrie ont abouti à « tertiariser » les économies développées, la diffusion du numérique dans l’industrie et les services détruirait plus d’emplois qu’elle n’en créerait par ailleurs. Sans nouveau secteur dans lequel se déverser, ce surplus de main d’œuvre viendrait donc inévitablement grossir les rangs des chômeurs. Loin de se résorber, le chômage continuerait ainsi de s'accroître en touchant de plus en plus fortement les classes moyennes.

Toutefois, si ces sombres prévisions constituent des signaux d’alerte à prendre au sérieux, nous verrons à l’occasion de prochains billets que d’autres analyses invitent à nuancer l’impact de l’automatisation.