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Automatisation (2) : le robot n'est pas nécessairement l'ennemi de l'emploi


Boris Chabanel | 11 mai 2016 | Mots-clés chômage métiers prospective | Fils rouges emploi & insertion

Nous avons vu dans un précédent billet qu’un certain nombre d’analyses laissaient à penser que, en raison des possibilités d’automatisation du travail offertes par la révolution numérique, nous serions aujourd’hui entrés dans une période de croissance sans emplois. D’autres analyses invitent cependant à nuancer le tableau. Les destructions d’emplois découlant directement de l’automatisation ne signifient pas qu’il n’y a pas de créations par ailleurs.

Dans une note publiée récemment par la Fabrique de l’industrie, Thibaut Bidet-Mayer apporte un ensemble d’éclairages à la question : le robot tue-t-il l’emploi ? Selon lui, une substitution du capital au travail n’aboutit pas nécessairement à moins d’emploi. En effet, l’automatisation ne menace l’emploi que dans le cas où les gains de productivité qu’elle permet sont supérieurs à l’augmentation de la production. Autrement dit, dans un premier temps la quantité de travail nécessaire pour produire une unité sera certes inférieure, mais à terme le volume d’emploi total pourra se maintenir voire augmenter si les débouchés progressent. En effet, les gains de productivité permis par l’automatisation peuvent permettre à l’entreprise de gagner en compétitivité (par exemple en permettant de dégager des capacités d’investissement) et ainsi de développer son activité. De ce point de vue, Thibaut Bidet-Mayer souligne qu’il existe une forte corrélation positive entre le taux de robotisation de l’industrie et la croissance de la valeur ajoutée industrielle, et que les pays qui ont conservé une forte valeur ajoutée industrielle comme la Suède ou l’Allemagne sont aussi ceux où l’industrie crée ou maintient le plus d’emplois.

Selon lui, ce constat suggère que l’industrie du futur pourrait être un levier pour réindustrialiser la France et redresser l’emploi industriel. En effet, en investissant dans l’automatisation de son outil de production, une entreprise augmente son intensité capitalistique et réduit en conséquence le poids des coûts salariaux dans ses coûts de production. Le choix de localisation de ses activités productives est ainsi moins conditionné à des questions de coût du travail. Thibaut Bidet-Mayer ajoute que cette analyse fait d’autant plus sens que l’avantage comparatif des pays émergents en la matière commence à se réduire. Dans le contexte actuel de croissance ralentie, le mouvement de réindustrialisation devra cependant être particulièrement vigoureux pour compenser l’effet des gains de productivité sur l’emploi.

D'autre part, le déploiement des technologies d'automatisation peut favoriser la création d’emplois qualifiés de conception, de fabrication et de commercialisation des robots, logiciels et automates, et d’emplois surtout locaux liés à l’installation, la mise en œuvre et à la maintenance des robots.

Enfin, l’auteur explique que les gains de productivité permis par l’automatisation peuvent également stimuler la demande à travers la baisse des prix des produits ou des hausses de salaires. Toutefois, comme le remarque Marc Chevalier dans un article publié par Alternatives Economiques, cette perspective de création de nouveaux emplois pour satisfaire des besoins encore peu ou pas satisfaits (par exemple dans la santé, l’éducation ou la protection de l’environnement) ne va pas forcément de soi. Avec la financiarisation des entreprises, les actionnaires tendent en effet à s’arroger une part croissante des gains de productivité.

Source : Article astcoexist.com