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Baromètre de la pauvreté 2017 : les personnes âgées en première ligne


Aurélien Boutaud | 9 octobre 2017 | Mots-clés pauvreté inégalité statistique seniors retraite | Fils rouges chiffres

Chaque année depuis dix ans, l’institut IPSOS et le Secours Populaire Français publient les résultats de leur baromètre de la pauvreté en France. L’originalité de la démarche consiste à ne pas fonder seulement l’analyse sur des données monétaires objectives, mais également sur le ressenti des personnes. Cette année encore, l’étude montre un enracinement de la pauvreté dans certaines couches de la société française, notamment les catégories sociales les plus précaires, mais aussi les personnes les plus âgées dont les demandes de soutien auprès du Secours Populaire ont fortement augmenté.

La pauvreté, une menace de de plus en plus ressentie par les Français

L’une des particularités du Baromètre SPF est qu’il se base sur une définition de la pauvreté subjective, c’est à dire telle qu’elle est ressentie par les Français. Ce seuil de pauvreté subjective est établi sur la base d’un questionnement auprès d’un ensemble de personnes représentatives. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les deux seuils (objectifs et subjectifs) sont en réalité assez proches puisque le seuil de pauvreté officiel de l’Insee correspond à 60% du revenu médian, ce qui représente 1015 euros par personne en 2017, tandis que le seuil de pauvreté subjectif atteint 1149 euros la même année. Ce chiffre est également très proche du montant du SMIC mensuel net, qui semble une référence pour beaucoup de Français.

Plus d’un Français sur deux déclare avoir craint de se trouver dans une situation de pauvreté au cours de sa vie, et plus d’un tiers (37%) a effectivement vécu cette situation. La part des personnes se disant être (ou avoir été) victime de pauvreté a augmenté de 2 points en 2017. Un chiffre qu’il convient de mettre en parallèle avec le fait que plus de la moitié des Français déclarent avoir du mal à boucler leur budget, tandis 19% d’entre eux vivent carrément régulièrement à découvert. Plus inquiétant encore, le sentiment que les choses seront plus difficiles à l’avenir est très prégnant : ainsi, 84% des Français pensent que le risque de pauvreté sera plus important pour la génération suivante. Cette crainte, pour soi-même et plus encore pour la génération à venir, explique sans doute pourquoi 42% des Français craignent ne pas pouvoir aider leurs enfants s’ils en ont un jour besoin.

Les personnes âgées de plus en plus concernées

Jusque là un peu plus préservées que le reste de la population, les personnes âgées semblent de plus en plus exposées à la pauvreté. Comme le note Fabienne Chiche, depuis 2010, le Secours Populaire a par exemple « constaté une augmentation de près de 50 % des demandes d’aides, venant particulièrement des femmes de plus de 60 ans. » Une situation qui s’explique notamment par le fait que les parcours professionnels des personnes arrivant à l’âge de la retraite sont aujourd’hui plus irréguliers, débouchant sur des pensions ou allocations parfois plus faibles. Face à ces restrictions, c’est avant tout le poste de dépense lié à la santé qui pose le plus de problème pour les seniors, puisque 39% d’entre eux admettent avoir déjà eu des difficultés à financer des soins. Les activités de loisir et les dépenses énergétiques arrivent juste derrière : 35% des personnes âgées déclarent ainsi avoir connu des difficultés pour régler leur électricité ou leur chauffage. Enfin, 13% des personnes âgées vivent régulièrement à découvert.

Dans un tel contexte, on comprend que la majorité des personnes âgées (56% d’entre elles) se déclarent inquiètes quant à leur capacité à faire face à une éventuelle dépendance. Une préoccupation bien légitime, au regard de ce que nous avons pu constater dans de précédents billets.