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Cartographie des intermédiaires des marchés du travail (3) : l’association IOD


Boris Chabanel | 12 septembre 2017 | Mots-clés accompagnement chômage entreprise insertion représentations | Fils rouges emploi & insertion

Faisant suite à un précédent billet, cet article s’intéresse à nouveau à l’étude réalisée par le Centre d’études de l’emploi et du travail sur la diversité et les dynamiques des intermédiaires du marché du travail. S’appuyant sur deux enquêtes de terrain (entretiens auprès de responsables de structures et d’équipes dans un territoire urbain limitrophe d’une grande agglomération régionale et une agglomération située en Île de France), cette étude propose une série de portraits permettant de mieux comprendre les logiques d’action de chaque acteur. Celles-ci sont analysées à travers cinq grandes dimensions : leur positionnement par rapport à l’offre et la demande d’emploi ; leur modèle d’intermédiation ; leur modèle économique ; la territorialité de leur activité ; leurs relations avec les autres intermédiaires. Ce billet s’intéresse aux associations organismes mobilisant la méthode d’intermédiation « intervention sur l’offre et la demande » (IOD).

Dans l’un des territoires d’étude, plusieurs associations traitant de diverses problématiques sociales (logement, violences, santé, toxicomanie, sortants de prison, etc.) ont créé une association de type IOD au début des années 2000. Celle-ci a vocation à assurer une intermédiation entre des demandeurs d'emploi très éloignés de l’emploi (entre 60 et 70 % d’allocataires du RSA) qui sont orientés par deux canaux (associations ou structures RSA) et les entreprises. L’objectif est de réaliser des placements sur des emplois de droit commun et durables (CDI ou CDD longs), en prenant appui sur une méthode originale.

Lancée à la fin des années 1980 et diffusée par l’association Transfer, la méthode IOD repose en effet sur un principe fort : personne n’est inemployable, chacun doit pouvoir être placé directement en emploi. La méthode IOD ne cherche donc ni à résoudre les difficultés sociales des personnes comme préalable à l’emploi, ni à les faire travailler sur leur projet professionnel mais à les remettre directement en emploi durable de droit commun. Donnant la priorité absolue à donner à l’insertion professionnelle, cette approche est sous-tendue par la conviction que les déficiences dans la sociabilité des publics précaires sont plutôt les effets que les causes de la privation du travail.

Il en résulte que le travail d’insertion consiste donc avant tout à prospecter (en porte à porte) des entreprises pour récolter des offres d’emploi et à les proposer aux demandeurs d'emploi accompagnés. Chaque chargé de mission (issus du monde économique, de l’insertion ou du SPE) assure ainsi à la fois des activités auprès des demandeurs d'emploi et auprès des entreprises. Pour atteindre ses objectifs, la méthode IOD propose un certain nombre d’outils et de postures pour remettre en cause les pratiques de sélection et de recrutement des employeurs. Concrètement, la lutte contre la sélectivité de l’entreprise se fait à deux moments clés :

  • au moment de la prospection d’offres d’emploi par les chargés de mission : négociation avec l’entreprise du type de contrat, des critères de recrutement et de la façon dont celui-ci va se dérouler.
  • au moment de l’entretien de mise en relation (EMR) du demandeur d'emploi avec l’entreprise : un seul candidat présenté pour une offre d’emploi (donc pas de mise en concurrence des demandeurs d'emploi) et choix laissé au demandeur d'emploi de se positionner ou non sur l’offre proposée ; présence du conseiller (chargé de mission) lors de l’EMR ; pas de CV ou de lettre de motivation fournie à l’employeur ; EMR ayant lieu directement sur le poste de travail et non dans un bureau afin de mettre le demandeur d'emploi en situation et de faire porter l’interaction sur les caractéristiques du travail plus que sur celles du candidat ;

Enfin, au-delà du moment du recrutement, les chargés de mission continuent à suivre le salarié dans l’entreprise jusqu’à la validation de la période d’essai en organisant des rendez-vous réguliers avec l’employeur.

Source : Transfer-iod.org