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Cartographie des intermédiaires des marchés locaux du travail (1) : les Opérateurs privés de placement


Boris Chabanel | 26 avril 2017 | Mots-clés accompagnement chômage entreprise insertion politiques publiques | Fils rouges emploi & insertion

Dans ce billet, nous explorons à nouveau à l’étude réalisée pour le compte de Pôle Emploi par le Centre d’études de l’emploi et du travail sur la diversité et les dynamiques des intermédiaires du marché du travail (voir billet précédent). S’appuyant sur deux enquêtes de terrain (entretiens auprès de responsables de structures et d’équipes dans un territoire urbain limitrophe d’une grande agglomération régionale et une agglomération située en Île de France), cette étude propose une série de portraits permettant de mieux comprendre les logiques d’action de chaque acteur. Celles-ci sont analysées à travers cinq grandes dimensions : leur positionnement par rapport à l’offre et la demande d’emploi ; leur modèle d’intermédiation ; leur modèle économique ; la territorialité de leur activité ; leurs relations avec les autres intermédiaires. Ce billet s’intéresse aux Opérateurs privés de placement (OPP).

Les auteurs rappellent tout d’abord que les OPP constituent des sous-traitants privés du Pôle emploi, intervenant dans le cadre d’appels d’offre sur une mission de placement des demandeurs d’emploi. Le cahier des charges prescrit les pratiques de l’opérateur dans différents domaines : le type de conseillers à recruter (minimum trois ans d’expérience avec un CV qui doit être validé par Pôle emploi), le cadencement de la prestation, les livrables à fournir, les phases et les conditions du paiement, les modalités de reporting. Les entretiens révèlent les fortes contraintes pesant sur les OPP. Les flux de demandeurs d’emploi orientés vers eux par l’opérateur public sont le plus souvent imprévisibles et irréguliers (effet de « stop and go »), et paraissent souvent en deçà des objectifs attendus. L’autre difficulté est relative aux profils des demandeurs d’emploi confiés par Pôle emploi, parfois jugés en décalage avec le cahier des charges de départ qui suppose une relative proximité à l’emploi des personnes accompagnés.

Concernant l’accompagnement, l’enquête montre que, au-delà d’un socle classique (définition d’une cible d’emploi, aide à la rédaction de CV, coaching pour passer un entretien), une point d’attention majeur des conseillers concerne le savoir-être, ceux-ci estimant que la majeure partie des demandeurs d’emploi qu’ils reçoivent ont un problème de comportement et non pas d’emploi. Leur travail consisterait à révéler aux demandeurs d’emploi ce qui freine leur accès à l’emploi et à les faire changer (candidat prétentieux, mauvaise présentation de soi, etc.).

En ce qui concerne la prospection auprès des entreprises, il est intéressant de noter que si les OPP enquêtés indiquent se présenter comme des organismes travaillant avec Pôle Emploi, la référence à l’opérateur public s’efface ensuite quand ils entrent plus avant dans la relation avec l’entreprise. Ils mettent alors en évidence la plus-value qu’ils peuvent apporter : une relation plus suivie avec l’entreprise, un service plus personnalisé, la possibilité de préciser une demande dans la formulation d’une offre que Pôle emploi ne validerait pas. Les conseillers des OPP disent ainsi parvenir à obtenir des offres de la part des entreprises en raison de leur positionnement spécifique. L’intérêt des entreprises de recourir à leurs services tiendrait à une réactivité présentée comme supérieure à celle de Pôle emploi et du temps supérieur dont ils disposent pour renseigner les employeurs (notamment sur les avantages fiscaux). L’image alors évoquée pour qualifier le travail engagé vis-à-vis d’une entreprise est celle des agences d’intérim : « quelque part on joue le rôle d’uneagence d’intérim gratuite ». La construction d’une relation de confiance avec les entreprises s’appuie également sur le développement d’une expertise à la fois sectorielle et localisée du marché du travail. Enfin, la prospection auprès des entreprises parait facilité par le fait que les OPP privilégient les petites entreprises, lesquelles seraient moins sollicitées que les grandes par les acteurs publics de l’emploi.

Cette proximité avec les entreprises s’avère in fine bénéfique à l’activité de placement car elle permet un appui des candidatures auprès de l’entreprise : « On a le conseiller qui appelle, qui explique, qui connaît son candidat, qui connaît ses points  forts. Ça permet de lever les freins chez l’employeur qui existent et qui n’ont peut-être pas toujours lieu d’être ».