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Comment mieux accompagner les personnes vivant avec des troubles psychiques ?


Sylvie Mauris Demourioux | 28 juin 2017 | Mots-clés Europe / international enfermement Travail social vulnérabilité représentations accompagnement | Fils rouges publics exclus

Troubles bipolaires, dépressifs, schizophréniques, TOC, troubles anxieux…. Les troubles psychiques s’énumèrent à la Prévert en raison de la diversité des pathologies que ce terme désigne. Malgré leur prévalence - un quart des européens sera confronté à des troubles psychiques au cours de sa vie-, et leurs conséquences sur la vie sociale, professionnelle et familiale, ces troubles restent méconnus, difficiles à diagnostiquer, fortement stigmatisés, y compris des professionnels. Les travailleurs sociaux sont pourtant en première ligne pour accompagner ces personnes puisque ces troubles impactent en premier lieu les interactions sociales et provoquent notamment une incapacité à demander de l’aide. Isolement et rupture du lien social sont fréquents mais aussi chômage, célibat, polypathologies, incapacité à se soigner, mal logement, dépréciation de la qualité de vie...  Cette faible visibilité est renforcée par le fait que les maladies mentales et psychiques restent encore largement taboues.

Pour soutenir le travail social et médico-social, la CNSA a conduit un travail partenarial pour construire un Guide d’appui pour l’élaboration de réponses aux besoins des personnes vivant avec des troubles psychiques.  Destiné en premier lieu aux équipes pluridisciplinaires des Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) et à leurs partenaires, il vise à développer une « culture commune «  autour des troubles psychiques et faciliter la fameuse approche globale et multidimensionnelle. Que sont les troubles psychiques ? Quels sont les concepts et outils sur lesquels s’appuient les MDPH ? De quelles informations un travailleur social a-t-il besoin pour réaliser son diagnostic et l’évaluation du besoin de compensation ? Comment utiliser le guide d’évaluation des besoins de compensation des personnes handicapées (GEVA) pour les situations de handicap psychique ? Comment le médecin doit-il remplir le certificat médical ? Comment le lire ? Quels sont les acteurs mobilisables et quels sont leur cadres d’intervention ?  Autant de sujets abordés très clairement et avec beaucoup de pédagogie par ce guide qui ne se veut pas un modèle mais une ressource que chacun peut s’approprier pour soutenir sa réflexion et l’élaboration de réponses singulières et décloisonnées. C’est aussi l’occasion de rappeler quelques principes de base : évaluer les besoins de manière « objective » et non pas en fonction de l’offre territoriale,  écouter la parole de l’entourage et surtout celle de la personne. 

En écho à ce guide très concret, l’émission Vox Pop d’Arte « Comment prendre en charge les troubles psychiques ? »  propose un petit détour en Europe et notamment en Italie qui a transformé ses hôpitaux psychiatriques en centres ouverts de soin et d’activités dès 1978. Une posture à rebours de la dérive sécuritaire de nombreux pays européens. En France, même si l’essentiel de la prise en charge se fait en ambulatoire, l’approche sécuritaire de la maladie mentale a pris le pas sur l’approche thérapeutique depuis 2008 et nombreux sont ceux qui déplorent le retour de pratiques comme la contention et l’isolement, quasi disparues il y a 50 ans.

Voir l'émission Vox Pop du 18 mai 2017

S’arrêtant dans la ville de Trieste, l’émission donne la parole au philosophe italien et historien de la psychiatrie Pierangelo Di Vittorio qui appelle à « dépasser la machine institutionnelle et construire un réseau de santé mentale en ville pour que les usagers deviennent des protagonistes de leur maladie ». Il plaide pour une philosophie de la psychiatrie démocratique et propose deux pistes d’actions :

  • agir sur les peurs et les représentations qui assimilent maladies psychiques et mentales à la dangerosité et non pas la vulnérabilité, alors que seulement 2.7% des violences sont le fait de personnes ayant des troubles psychiques. Il faut donc substituer à la vision de déviants à éloigner de la société, celle de citoyens souffrant d’une pathologie à accompagner.
  • Utiliser la loi pour délimiter ce qui relève d’actes sécuritaires prohibés et ce qui relève d’actes thérapeutiques et limiter, voire interdire les exceptions au droit commun en commençant par l’hôpital psychiatrique, et en son sein,  les chambres d’isolement, et en leur sein, la contention…. C’est dans cette contrainte que les professionnels imagineront des nouvelles manières d’accompagner les citoyens dans un cadre demandant « l’engagement total de la communauté » . Car ces troubles, finalement, ne devraient pas prendre le pas sur ce qui compose l’essentiel d’une existence : habiter, travailler, avoir des relations sociales…