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Comment (ré)écrire le roman national ?


Ludovic Viévard | 5 janvier 2016 | Mots-clés jeunes capabilités diversité | Fils rouges conflits de normes

L’inclusion de tous à l’identité nationale passe par la constitution d’un récit commun, de sorte que chacun puisse y trouver une représentation, fut-elle symbolique, qui fasse écho à son histoire, à sa situation, etc. Encore faut-il que ce récit ne soit pas le fait d’une partie seulement, autorisée à parler au nom des autres. La culture dominante tend à étouffer l’expression de la diversité, produisant alors un récit où chacun peine à se trouver. Inversement, un roman national ne saurait se limiter à une juxtaposition de particularismes. L’enjeu est donc de parvenir à ordonner la diversité à l’unité, à faire en sorte que se dessine du commun derrière le singulier. L’une des étapes importantes de l’affirmation du sentiment d’appartenance des descendants des immigrés maghrébins à l’histoire commune a par exemple été la parution du film Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb. Les « enfants » des indigènes oubliés de la République prenaient la parole pour faire récit, apportant une contribution qui sert aujourd’hui de support pédagogique à de nombreux enseignants du secondaire.

Au-delà de cet exemple peu ordinaire, se pose la question de savoir comment faciliter la constitution d’un récit commun agrégeant la diversité des expériences. Question d’autant plus problématique lorsqu’il s’agit d’associer à la production de ce récit ceux qui ont du mal à prendre la parole, soit qu’ils la maîtrisent mal soit qu’ils ne se sentent pas légitimes à le faire. C’est le sens de deux expériences qui ne sont certes pas tout à fait nouvelles, mais sur lesquelles on pourrait peut être davantage s’appuyer. La première a été largement médiatisée. C’est celle de Pierre Rosanvallon qui, à travers la plateforme Internet Raconter la vie, cherche à « aider les individus qui […] composent [la société] à s’insérer dans une histoire collective » et à former un « parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays ».

 
L’autre est la plateforme ZEP pour Zone d’expression prioritaire. Ce média participatif, partenaire de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), L’Étudiant, France Inter et Libération, sollicite et publie les contributions volontaires, notamment de jeunes, avec là encore, le souci « de faire émerger des paroles peu audibles » ailleurs.

In fine, la question posée à l’acteur public est celle de savoir s’il peut — et si oui, comment — se servir de ces outils pour soutenir la production d’un récit commun à l’échelle de son territoire. Comment articuler les dimensions locales et nationale ? Sur quels relais s’appuyer pour inclure les publics les plus éloignés ? Comment valoriser plus largement ces récits ?