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Des inégalités dans la maîtrise de la langue qui pèsent lourd


Cédric Polère | 25 mars 2016 | Mots-clés jeunes communauté éducation cohésion sociale étranger | Fils rouges discrimination

La langue peut se révéler facteur d’exclusion : la manière de la parler, la difficulté à passer d’un registre oral à un registre plus soutenu, peuvent être des marqueurs d’identité comme ils peuvent être le support de discriminations et de stigmatisation.

Sur la base de ce constat, des formations apprennent à des personnes en insertion à parler distinctement, à adopter une bonne posture corporelle, à savoir adapter son langage, comme le fait actuellement la formation « des mots pour un emploi » mise en place par la Caravane des dix mots suite à un appel d’offre de la DIRECCTE. Une formation sur trois mois et demi où alternent des temps de création et des temps de travail et de stage dans des entreprises partenaires.

Mais les inégalités se forment bien plus en amont. La France est un des pays de l’OCDE qui a le plus de mal à faire réussir les enfants de migrants. Lors du Forum « Langue française, territoire du commun » il est ressorti que favoriser l’apprentissage de la langue d’origine dans un cadre scolaire ou périscolaire est positif en termes de résultats

En France, on est loin d’appliquer ce principe. Et pourtant, cela se justifierait. Par exemple, et même s’il n’existe pas en France une « communauté turque » tant les trajectoires sont diverses, les enfants d’origine turque ont souvent un environnement familial resté branché sur la Turquie et sa langue, notamment via la télévision. Cela occasionne, chez certains de ces enfants, de la confusion : suis-je turc ?, suis-je français ? Et parler turc à la maison ne garantit pas de maîtriser cette langue à l’écrit. Un article paru dans le l’hebdomadaire franco-turc Zaman France commentant une étude de l’Insee de 2012 faisait le constat d’un niveau très faible d’éducation des enfants d’origine turque. Cette étude Insee indiquait que les immigrés turcs ainsi que leurs enfants maintiennent bien plus leur langue d’origine que les immigrés d’autres origines ; qu’une fille d’immigrés de Turquie a presque six fois moins de chance d’être diplômée en comparaison d’une jeune femme sans aucun passé migratoire ; etc. On pourrait évidemment citer d’autres exemples, tirés d’autres immigrations. Face à ces réalités, l’école est plus que jamais en première ligne pour faire entrer les principes républicains dans le champ du réel.