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Des inégalités records parmi les travailleurs indépendants


Aurélien Boutaud | 5 décembre 2017 | Mots-clés inégalité statistique métiers économie | Fils rouges chiffres

Crainte comme la peste par certains, ardemment souhaitée par d’autres, l’Ubérisation de la société semble irrémédiablement en marche. C’est ce dont témoigne par exemple l’accroissement du nombre de travailleurs indépendants, qui représentent aujourd’hui environ 10% des travailleurs selon l’INSEE. Alors que leur part avait fortement baissé dans la seconde moitié du vingtième siècle, au gré notamment de l’effondrement du nombre d’agriculteurs, la tendance s’inverse aujourd’hui dans un contexte marqué par la tertiarisation de l’économie et un chômage devenu endémique. Alors que le gouvernement s’apprête à revoir les statuts d’une partie d’entre eux, l’Observatoire des inégalités s’est récemment penché sur les revenus de ces travailleurs non salariés, sur la foi en particulier d’une étude publiée par l’INSEE. D’où il ressort des écarts considérables.

Des écarts de revenus considérables entre professions…

Même si les statistiques en matière de revenus des indépendants sont plus délicates à établir et à interpréter que celles des salariés, les données de l’Insee sont tout de même frappantes à bien des égards. Le premier constat est que les revenus des indépendants sont en moyenne assez nettement plus élevés que ceux des salariés : ils s’élèvent à 3210 euros par mois en 2015, soit environ 1000 euros de plus que la moyenne des salariés. Mais ce chiffre cache en réalité d’énormes disparités, d’abord entre professions. Ainsi, les professionnels de la santé dépassent en moyenne les 5500 euros de revenus par mois. Les professions de services aux entreprises arrivent derrière, avec 4340 euros par mois de revenus moyens – avec des revenus toutefois très supérieurs au sein de ce secteur parmi les juristes et les comptables, ou encore les professionnels des secteurs de la finance et des assurances. A contrario, les professionnels du service aux particuliers ont des revenus nettement plus faibles, avec une moyenne de 1530 euros par mois.

 …et de fortes inégalités au sein d’un même secteur

Si les écarts sont considérables entre professions, ils ne sont pas moindres au sein des différents secteurs. L’Observatoire des inégalités se focalise sur l’exemple des médecins libéraux en notant que, « avec 5900 euros mensuels en moyenne, les psychiatres ont un revenu supérieur à 97 % des salariés, mais touchent deux fois mois que les ophtalmologues et 2,5 fois moins que les radiologues ou les anesthésistes. » Dit autrement, les psychiatres touchent en moyenne cinq fois plus que le SMIC et les anesthésistes treize fois plus. Même s’ils sont moindres, des écarts existent également au sein des autres secteurs, notamment parmi les moins bien rémunérés, ce qui laisse imaginer que de nombreux travailleurs indépendants gagnent moins que le SMIC dans les secteurs du bâtiment ou encore des services à la personne. Dans ces secteurs, le statut de micro-entrepreneur est d’ailleurs aujourd’hui très présent. Or les micro-entrepreneurs, qui représentent près de 30% des travailleurs indépendants, tirent de leur activité indépendante un revenu d’en moyenne 410 euros par mois… soit 12,5 fois moins que la moyenne des revenus des indépendants !

Des professions protégées et d’autres ouvertes aux lois du marché

Les revenus de la majorité des micro-entrepreneurs ne leur permettent pas de vivre et sont en réalité des revenus d’appoint. Mais ils viennent parfois concurrencer les autres professionnels indépendants, comme l’a tristement illustré le conflit entre chauffeurs Uber et taxis indépendants. L’Observatoire des inégalités note à ce propos que les années d’études et les responsabilités ne suffisent pas à expliquer les écarts de revenus entre professions : « les professions les mieux payées sont surtout souvent les mieux organisées, celles qui mettent le plus de barrières à l’entrée pour éviter une concurrence trop grande (comme c’est le cas dans notre exemple des médecins) et qui font pression pour le maintien de leur niveau de rémunération. »

Autant dire que l’Ubérisation ne semble pas menacer toutes les professions avec la même intensité.