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Des réflexions chrétiennes sur l’inclusion


Sylvie Mauris-Demourioux | 16 août 2016 | Mots-clés cohésion sociale citoyenneté engagement | Fils rouges publics exclus

Quelles sont les dynamiques inclusives au sein des religions ? Quelles réflexions mènent-elles face à la diversification des valeurs, pratiques et identités culturelles, sociales, de genre… ? Comment envisagent-elles leur place et l’engagement de leurs fidèles au sein des sociétés contemporaines occidentales ou africaines francophones ? 

Telles sont les questions abordées par l'ouvrage « L’accueil radical. Ressources pour une Eglise inclusive » dirigé par Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho, théologiens.  Alternant réflexions théorique et retours d'expériences, il montre comment il est possible d'accueillir ceux qui ne sont pas dans les normes dominantes et plus particulièrement ceux dont l’orientation sexuelle ne s’inscrit pas dans la norme hétérosexuelle (homosexuels, bisexuels, transexuels ou LGBT).

Accueillir la différence : des postures divisées  

La posture inclusive fait débat. Le théologien Jean Vilbas revient sur l’histoire des mouvements inclusifs au sein du christianisme. Nés aux Etats-Unis dans les années 60, ils se diffusent progressivement et plus ou moins fortement en Europe et dans le monde francophone. Ce dialogue entre les institutions religieuses et la communauté homosexuelle fait émerger « la figure improbable et largement invisible des chrétien.ne.s homosexuel.le.s ». Différentes postures et dynamiques se dessinent : groupes indépendants des paroisses traditionnelles, voire communautés alocales, paroisses affichant clairement leur accueil du public LGBT, paroisses pratiquant une intégration silencieuse via un accueil indifférencié. Depuis les années 2000, la dimension universelle d’un accueil indifférencié gagne du terrain. D’une part, il permet aux paroisses plus conservatrices de poser des gestes d’accueil et d’abandonner progressivement une approche centrée sur la guérison de ces « déviances ». D’autre part, il évite de cibler un public spécifique pour s’élargir à l’ensemble des personnes en situation d’exclusion (personnes sourdes et liturgie en langue des signes par exemple). 

Une lecture inclusive des textes fondateurs 

Comme le souligne Thomas Römer, le message commun des religions monothéistes (islam, judaïsme, christianisme) est celui d’un accueil inconditionnel fondé par le refus de toute exclusion, même si la tension entre inclusion et exclusion se retrouve dans les différents corpus. Face à la peur de perdre leur identité ou leur pouvoir social, croyants et institutions religieuses brandissent les sources écrites pour alimenter des discours d’exclusion et de repli identitaire. Or, tout écrit et surtout toute lecture et interprétation de ces écrits s’inscrivent dans un contexte social et historique. Pasteurs et théologiens proposent ainsi plusieurs lectures inclusives des textes bibliques sous l'angle de la question du genre et s'attardent notamment sur les sources utilisées par les opposants au mariage pour tous (apports bibliques, théologie queer, évangile paulinien, etc.).

De nouvelles manières de penser et d’agir au quotidien

Comment accueillir réellement la différence, faire évoluer la liturgie, répondre aux demandes de bénédiction, partager une réflexion de fond ? Sur ces questions, le retour d’expériences est instructif. Que ce soit le succès du Manifeste pour un débat ouvert sur l’inclusion des minorités sexuelles lancé à l’occasion du débat autour du mariage pour tous ou l’utilisation des réseaux sociaux (UEPAL en débat) comme support d’un débat public fourni, étayé et constructif. Ou bien de pratiques pastorales pour décentrer la liturgie de l’homme et l’ouvrir à l’ensemble de la Création (nature, animaux, etc.). Ou encore le quotidien de lieux inclusifs comme la Fraternité de la Maison verte, paroisse protestante inclusive. Tous témoignent de la nécessité d’afficher son positionnement inclusif, de veiller à son effectivité et d’apporter des réponses adaptées aux diverses situations d’exclusion car, comme le rappelle Stéphane Lavignotte, pasteur de la Maison verte, « la gestion de l’inclusion est un travail permanent de régulation, de médiation, de discussion. […] Chaque question implique de prendre conscience en quoi nous pratiquons l’exclusion concernant un groupe spécifique, sans parfois nous en rendre compte, et de décider ce que nous mettons en place pour y remédier concrètement ».