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Ecoles hors-contrat : vers un renouveau des écoles chrétiennes traditionnalistes ?


Sylvie Mauris-Demourioux | 11 juillet 2016 | Mots-clés éducation laïcité | Fils rouges publics exclus

Très peu connues, les écoles privées hors contrat ont été mises sur le devant de la scène depuis avril dernier dans le cadre de la lutte contre la radicalisation. Non pas pour valoriser leurs démarches pédagogiques, sociales ou humaines et enrichir le débat sur l’éducation et la formation de citoyens « éclairés » mais plutôt pour leurs potentielles dangerosité et dérives intégristes.  Du côté du Ministère de l’Education nationale, s’affiche une volonté de réguler à la fois la liberté de création en passant d’une procédure déclarative à une autorisation, et la liberté pédagogique en soumettant les écoles au respect des cycles et programmes en vigueur dans le public et le privé sous contrat. En partenariat avec le Ministère de l’Interieur, deux appels à projets de recherche « Islam, Religion et Société » ont été lancés : l’un sur l’enseignement confessionnel dans les mosquées et l’autre sur les établissements confessionnels secondaires privés (collèges et lycées). De leur côté, une trentaine de députés du parti des Républicains ont soumis une proposition de loi afin de « renforcer l’encadrement des établissements privés hors contrat et  limiter les possibilités de dérogation à l’obligation scolaire » pour contrer « la déscolarisation d’un nombre croissant d’enfants, surtout des filles, pour des motifs d’ordre essentiellement religieux d’une part, et la multiplication d’écoles privées hors contrat prônant un islam radical, d’autre part. » Laissons de côté l’instruction dans la famille, sous liberté surveillée depuis 2007 comme l’explique Jean-Pierre Rosenczveig, Président du tribunal pour enfants de Bobigny, pour nous intéresser aux écoles hors-contrat et plus particulièrement au primaire et secondaire (les écoles hors contrat étant très représentées dans l’enseignement professionnel et technologique et l’enseignement supérieur).

Sur les quelques 13 millions d’enfants scolarisés dans le premier et second degré en 2015, 59 000 le sont dans des écoles privées hors contrat (source : Repères et références statistiques sur le système éducatif et de recherche français, Ministère de l'éducation nationale). Toutefois, en l’absence d’un dispositif national de recensement (des déclarations de création ou des contrôles plus ou moins réguliers des académies), le nombre d’écoles oscille, selon les sources, entre 800 et 900.Les données publiques confirment une hausse significative du nombre d’établissements hors-contrat (une centaine) sur la période 2011-2014, principalement dans le primaire mais une croissance modeste du nombre d’élèves (+2%), voire une baisse des effectifs du secondaire. 

Ecoles hors contrat© Fondation pour l'école

Contrairement au secteur privé sous contrat où les écoles catholiques accueillent plus de 97% des élèves du secteur (Les chiffres clés de l'enseignement catholique, 2011-2012), le hors-contrat se distingue par une moindre représentation des écoles confessionnelles au profit d’écoles offrant une pédagogie alternative (traditionnelle, nouvelles pédagogies, bilinguisme…), accueillant un public spécifique (enfants précoces ou souffrant de difficultés d’apprentissage,) ou se positionnant face aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux actuels (restauration des valeurs de la République dans les banlieues, écoles internationales, écoles inspirées du mouvement Colibris de Pierre Rabhi, etc.). 

Au sein des écoles confessionnelles, les établissements catholiques sont, là aussi, majoritaires et devraient le rester : sur la soixantaine de nouveaux établissements recensés par la Fondation pour l’école en 2015, 3 sont protestants, 5 musulmans et 21 catholiques. La dynamique de développement des écoles confessionnelles est bien réelle et les courants conservateurs semblent soucieux de proposer une école mixant projet pédagogique et respect des valeurs et de l’identité religieuse : que ce soit le courant évangéliste chez les protestants ou encore celui de la forme extraordinaire du rite romain chez les catholiques. Ainsi, l'Association "Ad Majorem Dei Gloriam" recense les écoles dont l'aumônerie est assurée par des prêtres célébrant la Messe traditionnelle libéralisée en 2007 : aux 17 écoles créées entre 1945 et 2000, se sont ajoutées une trentaine d’autres avec une intensification ces dernières années des ouvertures et projets en cours. 

Est-ce la marque d’un retour du religieux ou une réponse à la dilution de l’identité religieuse de l’enseignement sous contrat catholique ? Dans quelle mesure ce choix des parents traduit-il un souhait de prolonger, de marquer une appartenance religieuse et respecter ses prescriptions, de faire communauté, mais autrement ? Ou bien l’école hors contrat est-il seulement le passage obligé à la mise en place d'une autre manière de penser l'éducation, en attendant de de remplir les conditions pour prétendre au statut sous-contrat et à ses avantages financiers ?