Vous êtes ici :

Evaluation des effets de la pollution atmosphérique sur la santé : les villes en première ligne


Aurélien Boutaud | 21 juin 2016 | Mots-clés statistique vulnérabilité politiques publiques santé | Fils rouges chiffres

Au cours des dernières années, plusieurs études internationales ont montré que la pollution atmosphérique était devenue l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Les estimations de l’OMS montrent par exemple que 3,7 millions de décès pouvaient être imputés à la pollution atmosphérique en 2012. L’Europe n’échappe pas à ce phénomène, puisque l’Agence Européenne de l’Environnement annonce de son côté 400.000 décès imputables chaque année à la concentration de particules fines dans l’atmosphère. Une récente étude publiée par l’agence Santé Publique revient sur ces chiffres et vient à son tour confirmer le diagnostic, à l’échelle cette fois-ci de la France métropolitaine.     

Des chiffres inquiétants qui concernent particulièrement les urbains les plus fragiles

Il faut d’abord rappeler que la compréhension des effets de la qualité de l’air sur la santé humaine a nettement progressé au cours des dernières décennies. On sait aujourd’hui que l’exposition à la pollution aux particules fines entraîne des mécanismes tels le stress oxydatif ou l’inflammation, qui contribuent notamment au développement de nombreuses maladies chroniques. Couplée à une analyse de plus en plus fine de la qualité de l’air, la mise en évidence de ces mécanismes a permis de développer des outils d’Evaluation Quantitative d’Impact Sanitaire (EQIS) de plus en plus solides. En se basant sur les particules fines (PM2,5), l’étude de l'agence Santé Publique France établit ainsi à l’échelle de la France métropolitaine un constat pour le moins alarmant, puisqu’elle estime que 48.000 décès seraient chaque année imputables à la pollution aux particules fines. Un chiffre qui placerait la pollution atmosphérique au troisième rang des causes de mortalité en France, après le tabac et juste derrière l’alcool. Mais à la différence des deux autres, la pollution atmosphérique ne relève pas d’un choix : elle est entièrement subie. Et sans surprise, les auteurs constatent que la répartition de ce « fardeau » de la pollution de l’air n’est pas homogène entre territoires, puisque les habitants des agglomérations sont en moyenne beaucoup plus soumis à la pollution. Et sur ces territoires sensibles, il va sans dire que ce sont également les personnes les plus fragiles et les plus exposées qui sont les plus touchées. 

Des politiques publiques qui pourraient sauver des milliers de vie chaque année…

Que se passerait-il si des politiques ambitieuses de réduction de la pollution atmosphériques étaient menées ? Pour répondre à cette question les auteurs ont imaginé plusieurs scénarios. Par exemple, si chaque habitant disposait de la qualité de l’air dont bénéficient les habitants des 5% de communes équivalentes les moins polluées, 34.000 décès pourraient être évités. Le respect des valeurs guides de l’OMS permettrait quant à lui de sauver 17.700 vies chaque année…

…mais des mesures qui ne sont pas toujours populaires

Pour autant, les mesures proposées par les acteurs publics pour réduire les émissions de particules fines ne sont pas toujours très populaires. A Paris, la mise en place de la vignette verte au premier juillet 2016 fait déjà couler beaucoup d’encre – à l’instar de la proposition de restriction des véhicules les plus polluants. Sur l’agglomération lyonnaise, la situation n’est pas moins complexe. Au-delà du secteur industriel, le diagnostic d’Air Rhône-Alpes pointe par exemple la responsabilité des véhicules anciens – notamment diesel – mais aussi du brûlage sauvage de déchets verts ou encore des inserts de chauffage au bois peu performants. Reste à espérer que les évaluations de l’OMS et de l'agence Santé Publique France aideront à faire passer le message quant à la nécessité de limiter les émissions de particules fines de ces différents secteurs…