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Face à la « super-diversité », accompagner les enfants depuis leur langue d’origine vers le français ?


Cédric Polère | 18 février 2016 | Mots-clés éducation étranger jeunes | Fils rouges discrimination

La langue a pu être qualifiée de « bien commun immatériel ». Elle appartient à tous ceux qui la parlent. Pour autant, les inégalités dans la maîtrise de la langue influencent les capacités de chacun à participer à la société, à s’exprimer et à s'intégrer. Ces constats ont été au centre de « Langue française, territoire du commun », un Forum sur la langue, le plurilinguisme et la francophonie organisé par la Caravane des dix mots et l’Institut international pour la Francophonie en partenariat avec la Métropole de Lyon
 en octobre dernier à l’Université Lyon 3. Les actes sont aujourd’hui disponibles sur la chaîne YouTube de  l'Université Lyon 3.

Les échanges ont fait prendre conscience à quel point la langue française et le plurilinguisme ont à voir avec la cohésion sociale, la lutte contre les discriminations et l’inclusion (ce qu’avait au passage évoqué un billet de Pierre Grosdemouge « Langues et cultures, l’école au défi de l’inclusion culturelle »).

Un premier constat. La mondialisation va de pair avec la réduction du plurilinguisme : en moyenne, une langue disparaît tous les mois. Pour autant, nos métropoles accueillent de plus en plus de personnes d'origines différentes. Le concept de « super-diversité » a été avancé par l’anthropologue Steven Vertovec pour rendre compte de l'extension et l'approfondissement de la diversité dans les sociétés urbaines contemporaines, comme le Londres d’aujourd’hui par exemple. Cette « diversification de la diversité » produit des effets à tous les niveaux, sur des modes positifs et sur des modes négatifs, si l’on pense aux phénomènes de radicalisation religieuse.

Face à l'arrivée de migrants, des enseignants jugent essentiel d’accompagner leurs enfants dans les deux langues, pour assurer le dialogue entre l’école et la famille de l’enfant, et encourager scolairement ces élèves. Pour eux, l’idéal serait d’accueillir les enfants à l’école dans leur langue maternelle puis d’introduire progressivement la langue nationale dans l’enseignement, comme cela se fait dans certaines écoles comme à Wallis-et-Futuna, où l’accueil se fait en petite section à 90% en wallisien et où le français est introduit progressivement, jusqu’à représenter 90% de l’enseignement en grande section.

Plusieurs initiatives et outils valorisent le plurilinguisme et en font un atout dans l’apprentissage. Dans la vallée d’Aoste où l’italien et le franco-provençal sont langues officielles, des enseignants mettent en place des « sacs d’histoires » dans les classes. Ce sont des contes traduits dans différentes langues, qui circulent parmi les familles de la classe. C’est aussi un des objectifs du musée Mundolingua, un espace de sensibilisation à la diversité des langues et aux langues qui disparaissent, de l’initiative « Dulala - D’une langue à l’autre », un projet d’éveil aux langues et de renforcement du bilinguisme, du festival du film court francophone de Vaulx-en-Velin, de la Caravane des dix mots.