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Habitat pour une société inclusive : quelles formes au-delà des mots?


Sylvie Mauris-Demourioux | 8 novembre 2017 | Mots-clés Europe / international handicap logement | Fils rouges publics exclus

Habiter comme il nous plaît quand on a des déficiences physiques, psychiques ou mentales est une aspiration qu’il n’est pas facile de combler. Historiquement, en France, la dépendance reste fortement synonyme de vie collective que ce soit au sein du domicile parental ou filial ou d'un établissement assurant sécurité, soins, protection et lien social, voire éducation et travail. Une vie en communauté qui, comme toute communauté, peut s’avérer pesante voire intrusive. Or, les personnes ayant des déficiences, même lourdes, même nécessitant une présence quotidienne ou permanente, aspirent à davantage d’autonomie et revendiquent le plein exercice de la liberté de choisir leur lieu et mode de vie. Une revendication qui fait progressivement son chemin tant en France, qu’à l’étranger, poussée par la diffusion du concept d’inclusion et la promotion d'une approche par les droits : une personne en situation de handicap est d'abord un sujet de droits avant d'être un sujet de soins. 

« Quelles sont les formes d’habitat favorisant l’inclusion sociale, l’autonomie et l’exercice des droits et libertés fondamentales des personnes en situation de handicap» se sont demandé l’Association des Paralysés de France, le Think & do tank européen POUR LA SOLIDARITÉ – PLS et l’Université Paris-Est Créteil. Conduite en 2014, cette étude transnationale a identifié les tendances et pratiques émergentes et construit des recommandations.

Au-delà des mots, que serait donc cet habitat ? Un habitat qui permet de franchir le gué entre le domicile ordinaire et l’institution, un habitat capable de répondre à la diversité des besoins et des demandes répondent les auteurs. Parce que si le collectif peut devenir limitant et infantilisant, habiter seul peut aussi se révéler insécurisant et source d’isolement. L’habitat à visée inclusive doit donc trouver un équilibre entre trois lignes de désirs : le collectif et l’individuel, le lien social et l’isolement, la protection et l’autonomie. 

Une grille de lecture pour évaluer la dimension inclusive. Pour s’y retrouver parmi la multitude de projets aux formes très éloignées revendiquant cette dimension inclusive, les chercheurs ont élaboré une grille de questionnements autour de trois entrées : le logement et son environnement, le logement et la vie quotidienne et le logement et la vie sociale. Pour eux, l’habitat inclusif n’existe pas en soi : « le type d’habitat ne peut à lui seul conditionner la citoyenneté des personnes présentant des handicaps. » D’où leur choix de parler d’habitat pour une société inclusive. A côté du logement, la dimension environnementale et celle des pratiques et postures des accompagnants professionnels et des proches aidants comptent tout autant. Ainsi, une institution peut s’avérer plus inclusive qu’une famille surprotectrice. La démarche inclusive suppose bien souvent une évolution de la culture institutionnelle et professionnelle :"En effet, le modèle sous-jacent à la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées suppose un rééquilibrage des relations de pouvoir des aidants en faveur des personnes accompagnées pour que ces dernières soient à même de mener à bien leur projet de vie. Or l’adoption d’un tel schéma peut engendrer une certaine crispation des aidants des personnes handicapées qui ont le sentiment d’être dépossédés de leur rôle protecteur et d’être complices d’une mise en vulnérabilité de celles et ceux qu’ils accompagnent au quotidien. De nouveaux repères institutionnels, familiaux et professionnels sont donc à établir pour rendre légitimes de nouveaux types de réponses aux besoins." (p.61) Une dynamique qui suppose de prendre de la distance avec des réponses spécialisées et parfois (sur)protectrices pour aller vers une posture de vigilance et un rapport différent au risque.  

"8ème jour" : habitat protégé en Belgique© http://www.lehuitiemejour.eu/IMG/pdf/plaquette_208eme_20jour-2.pdf

Cinq idéaux-types d'habitat. L'analyse de projets français, suédois, belge, anglais et espagnols a fait émerger cinq formes d’habitat: l’habitat éclaté ou vivre l’institution hors les murs, l’habitat regroupé ou devenir un locataire ordinaire, l’habitat protégé pour bénéficier d’une intermédiation, l’habitat partagé comme domicile collectif pour partager un espace de vie et enfin l’habitat mixte pour habiter au milieu des autres. Une typologie à voir plutôt comme des idéaux types avec leurs richesses, atouts et limites et qui pointent des pistes de réflexion comme la mutualisation des aides et de la Prestation de Compensation du Handicap ou une potentielle fonction d’intermédiation des associations gestionnaires. Une recherche qui souligne aussi la nécessité d'un travail partenarial entre les services d’aide à domicile et d’accompagnement, la société civile, les bailleurs, les collectivités locales, acteurs de l’habitat et de l’urbanisme, les autorités de tutelles et surtout..... les futures résidents !