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Identifier les politiques qui marchent : le retour d’expérience britannique


Aurélien Boutaud | 7 avril 2017 | Mots-clés Europe / international statistique prospective politiques publiques | Fils rouges chiffres

Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes l’importance des dispositifs d’évaluation dans les démarches d’innovation et d’expérimentation sociale. Mais force est de constater que la France n’est pas en pointe sur ce sujet. Pire, lorsqu’une telle évaluation existe, elle n’est quasiment jamais suivie d’effets sur la prise de décision. Résultat des courses : des dispositifs peu performants sont maintenus tandis que d’autres, plus efficaces, restent à l’état d’embryon, lorsqu’ils ne sont pas carrément abandonnés. C’est ce constat qui a amené l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) – en partenariat avec France Stratégie, le CGET, la CNSA, la CNAF, Santé Publique France et le SGMAP – à se pencher sur l’expérience britannique des What Works Centres.

Les What Works Centres britanniques : identifier ce qui marche…

Créés au tournant des années 2010, les What Works Centres visent, dans un premier temps, à évaluer de façon plus systématique l’impact des politiques publiques dans des domaines aussi variés que la prévention de la criminalité, l’éducation des enfants défavorisés, le développement économique local ou encore l’accompagnement des personnes âgées. Les centres, qui fonctionnent de manière concertée au sein d’un réseau national, sont spécialisés sur des thématique pour lesquelles ils disposent d’une expertise leur permettant de collecter et analyser les preuves de l’impact d’une action ou d’une politique (notamment à travers une analyse de littérature). Cette première analyse peut être consolidée par une évaluation spécifique de dispositifs innovants, qui supposent alors un travail de terrain plus approfondi. L’Education Endowment Foundation a par exemple engagé « 127 évaluations impliquant 7000 écoles (…). Un tel déploiement a permis de faire émerger des innovations et d’en mesurer l’efficacité, de nouer des relations fortes entre ce centre et les acteurs de terrain et d’enrichir la base de connaissance sur ce qui ‘fonctionne’ pour réduire des inégalités scolaires. » Dans tous les cas, l’objectif fixé est le même : mesurer concrètement si les effets recherchés ont été atteints… ou pas.

…et diffuser les résultats dans une logique d’essaimage

Mais si la démonstration des impacts est un objectif majeur des What Works Centres, leur rôle ne s’arrête pas pour autant là. En effet, l’idée est de permettre également la diffusion des résultats de ces évaluations de façon à impacter concrètement les politiques publiques. Une partie de leur travail est donc tourné vers la diffusion de l’information auprès des décideurs et des praticiens de terrain : de manière didactique, les résultats leurs sont rapportés en insistant notamment sur les coûts-bénéfices de chaque type d’opération, de façon à faciliter la diffusion des bonnes pratiques. L’ANSA note ainsi que « la plupart des centres ciblent les cadres intermédiaires et les professionnels de terrain, avec des outils d’aide aux professionnels et des actions territoriales d’essaimage. » Et s’il est encore trop tôt pour mesurer l’efficacité de cette diffusion des bonnes pratiques, il semble bien en revanche que l’utilité des centres soit d’ores et déjà admise et reconnue par la plupart des professionnels et des décideurs, qui apprécient le caractère pragmatique de l’information produite.  

Source : Nesta, 2017

Demain, des What Works Centres à la française ?

Ces démarches seraient-elles transposables en France ? C’est en tout cas ce que voudraient croire l’ANSA et ses partenaires, qui s’appuient sur ce travail pour proposer « de créer un réseau transversal réunissant décideurs politiques, chercheurs et professionnels de terrain autour de la question des politiques publiques fondées sur la preuve, à l’image d’Alliance for Useful Evidence au Royaume-Uni. » Une affaire à suivre.