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Inégalités et climat : même combat ?


Aurélien Boutaud | 31 août 2016 | Mots-clés inégalité statistique équité environnement | Fils rouges chiffres

S’il était autrefois commun d’opposer les causes environnementales et sociales, force est de constater que les choses ont beaucoup évolué au cours des dernières années. La COP 21 a ainsi été l’occasion de rappeler que les questions climatiques ne pouvaient être résolues sans s’intéresser aux inégalités mondiales. Mais une étude de Thomas Piketty et Lucas Chancel publiée par l'Ecole d'Economie de Paris montre que l’approche traditionnelle, qui consiste à aborder la problématique en opposant pays du Nord et pays du Sud, n’est plus suffisante : ce sont les inégalités entre individus, tout autant qu’entre pays, qu’il faut aujourd’hui avoir le courage d’affronter.

Le climat : une double injustice

Avant tout, il faut rappeler que le changement climatique a été au cours des dernière décennies un facteur très important du renouveau des réflexions sur la justice mondiale. C’est ce qu’Olivier Godard rappelle par exemple dans un récent ouvrage, montrant à quel point les négociations climatiques ont pu être marquées par cette double injustice qui veut que les pays historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre sont également, le plus souvent, ceux qui seront les moins dramatiquement touchés par les effets du changement climatique. Au contraire, les pays les moins émetteurs sont souvent en première ligne lorsqu’il s’agit de subir les conséquences du réchauffement. Or, si cette double injustice a pu être structurante dans les débats internationaux, l’étude de Thomas Piketty et Lucas Chancel montre qu’il ne s’agit plus de se limiter à ce regard binaire…

Les riches des pays pauvres polluent aussi !

L’originalité de l’étude consiste en effet à porter un regard sur l’empreinte carbone des individus à l’échelle mondiale. En réimputant ainsi la responsabilité des émissions à chaque consommateur final, les effets de délocalisation des émissions sont effacés : les émissions liées à la production d’un produit fabriqué en Asie sont réimputées à son consommateur, situé par exemple en Occident. Mais surtout, l’exercice permet de constater que les responsabilités ne sont pas tant liées à la richesse des pays qu’à celle des individus qui les composent. Ainsi, les 10% des individus émettant le plus de gaz à effet de serre sont responsables à eux seuls de près de la moitié des émissions mondiales ; mais le plus intéressant est de constater que ces 10% ne sont pas situés exclusivement dans les pays riches. Autrement dit, les riches des pays en développement polluent tout autant que leurs congénères des pays développés…. Et le phénomène n’est plus marginal : « Les grands émetteurs sont aujourd’hui sur tous les continents et un tiers d’entre eux vient des pays émergents. »

Vers une nouvelle justice climatique mondiale, nationale… et locale ?

Constatant, avec force argumentaire, que « les inégalités d’émissions de CO2 mondiales sont de plus en plus expliquées par les inégalités à l’intérieur des pays – et non entre pays », les auteurs préconisent de focaliser les efforts de réduction des émissions et d’adaptation sur les individus, en ciblant bien entendu les plus émetteurs… dans tous les pays ! Ce qui aurait le grand avantage de faire converger les intérêts écologiques et sociaux, et ce aussi bien à l’échelle internationale que nationale… et pourquoi pas même à l’échelle locale. Une manière d’accorder société inclusive et développement durable.

Reste à savoir si les auteurs de l'étude seront entendus...