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L’accompagnement vers et dans l’emploi (2) : quels facteurs de réussite ?


Boris Chabanel | 7 septembre 2016 | Mots-clés chômage insertion accompagnement | Fils rouges emploi & insertion

Consacré aux services d’accompagnement vers et dans l’emploi, le dernier rapport du Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) montre toute leur importance pour favoriser les trajectoires positives de tous les actifs sur un marché du travail en mutation (voir billet précédent). Pour le COE, il importe donc de s’assurer de la pertinence et de la qualité de l’accompagnement. En ce sens, sur la base de multiples auditions et d’une revue des travaux académiques et des retours d’expérience, le COE identifie plusieurs lignes directrices.

Certaines priorités promues par le COE vont dans le sens d’un élargissement et d’une facilitation de l’accès aux services d’accompagnement :

  • Mieux sensibiliser tous les actifs aux enjeux liés à la gestion de leur parcours professionnel. Dans un marché du travail en mutation rapide, marqué par des transitions à la fois plus fréquentes, certains actifs, et notamment parmi les plus vulnérables, n’ont pas toujours conscience de l’enjeu du maintien et du développement de leur employabilité.
  • Améliorer la notoriété et la lisibilité de l’offre d’accompagnement. Il revient aux pouvoirs publics, entreprises, partenaires sociaux et institutions du marché du travail d’améliorer l’information autour de l’offre d’accompagnement disponible. D’autre part, c’est plus aux acteurs de l’accompagnement de rendre lisible le système qu’à la personne d’assumer la complexité.

D’autres priorités renvoient à la nécessité de concevoir un accompagnement adapté aux besoins et aux aspirations des personnes :

  • Répartir les personnes accompagnées entre les conseilleurs sur le principe d’une proximité sociodémographique entre le conseiller et le demandeur d’emploi : être accompagné par un conseiller proche par exemple en termes d’âge ou de niveau d’éducation facilite l’établissement d’une relation de confiance et favorise la prise en compte des avis et propositions de conseiller par le demandeur d’emploi.
  • Débuter l’accompagnement par un diagnostic le plus précoce possible afin d’aiguiller le demandeur d’emploi au plus tôt vers le parcours d’accompagnement le plus adapté à sa situation : aspirations, qualifications et compétences, difficultés professionnelles et/ou personnelles, etc.
  • Cibler l’accompagnement sur les profils les plus éloignés de l’emploi. Dans la mesure où la probabilité de retrouver un emploi diminue avec la durée du chômage, l’accompagnement des demandeurs d’emploi présentant le risque de chômage de longue durée le plus important peut permettre d’interrompre le processus de déqualification en cours et de réduire potentiellement le chômage structurel.
  • Adapter l’intensité (fréquence de rdv) et les modalités (entretiens en présentiel, suivi par téléphone, par mail, messagerie instantanée) du suivi aux besoins des personnes. Tous les actifs, en emploi ou non, n’ont pas besoin d’être accompagnés et a fortiori n’ont pas besoin d’être accompagnés en permanence.

Le COE pointe également un plusieurs orientations transversales portant sur la manière de conduire l’accompagnement des personnes :

  • privilégier un accompagnement non « séquentiel » pour les personnes éloignées de l’emploi : l’expérience montre que le modèle longtemps dominant visant à traiter d’abord les « freins périphériques » à l’emploi (difficultés liées à la santé, au logement, au transport, à la famille, à la situation financière...) ne convient pas toujours aux personnes les plus éloignées de l’emploi et qu’il faut souvent au contraire démarrer l’accompagnement professionnel en parallèle, voire favoriser les périodes de mise en situation professionnelles.
  • Trouver un bon équilibre entre accompagnement d’une part et contrôles et sanctions crédibles d’autre part. Si ces deux dernières dimensions peuvent favoriser le retour à l’emploi en incitant les demandeurs d’emploi à intensifier leur recherche, elles peuvent également – si elles sont mal dosées ou mal conçues – avoir des conséquences négatives sur la qualité des emplois retrouvés ainsi que sur le bien être des personnes.
  • continuer à accompagner les personnes les plus fragiles après le retour à l’emploi, comme cela peut se pratiquer par exemple dans l’insertion par l’économique ou pour l’insertion des personnes en situation de handicap ou comme le proposent les structures d’accompagnement à la création d’entreprise.

Enfin, le COE souligne l’importance de fonder l’accompagnement sur une connaissance fine des évolutions du marché du travail local et des besoins des entreprises du territoire :

  • L’accompagnement doit permettre aux personnes à la recherche d’un emploi, chômeurs comme salariés en poste, de se positionner sur le marché du travail local. En effet, les actifs ne disposent généralement que d’une connaissance imparfaite des offres disponibles et des perspectives d’évolution dans les différentes filières professionnelles. Cette méconnaissance peut constituer un frein au retour à l’emploi dès lors qu’elle se traduit par une recherche d’emploi mal ciblée en termes de secteur, de métier ou de salaire. Dans ce contexte, l’accompagnement doit s’inscrire dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois en permettant d’identifier d’éventuelles inadéquations entre les capacités et le projet professionnel de la personne et les opportunités qui lui sont offertes sur le marché du travail.
  • L’accompagnement doit s’appuyer sur le développement de relations de confiance entre les conseillers et les employeurs potentiels, afin d’accéder à une meilleure connaissance du marché du travail et des besoins des entreprises (secteurs, métiers, entreprises qui recrutent, environnement institutionnel), d’obtenir en avance certaines offres d’emploi et de faciliter le placement des demandeurs d’emploi. L’accompagnement est appelé à jouer un rôle d’intermédiation avec les employeurs potentiels.

La mise en œuvre de ces lignes directrices implique un certain nombre de conditions organisationnelles qui seront abordées à l’occasion de prochains billets.