Vous êtes ici :

L’égalité de genre dans la culture et les médias : où en sommes-nous ?


Aurélien Boutaud | 8 novembre 2017 | Mots-clés mixité statistique métiers équité politiques publiques | Fils rouges chiffres

La récente affaire Weinstein a cruellement mis en lumière les rapports de pouvoir et de domination qui peuvent exister entre hommes et femmes dans le monde du cinéma. C'est également l'occasion de se demander ce qu'il en est de l'égalité des genres dans le milieu de la culture et des médias. Depuis 2013, le ministère en charge de la culture et de la communication publie un certain nombre d’indicateurs à ce propos. Consciente qu’un milieu aussi exposé sur le plan médiatique se doit d’être exemplaire, l’institution est toutefois bien obligée de constater cette année encore que la parité est loin d’être complètement atteinte.

Des postes de direction dominés par les hommes

Dans sa version 2017, l’Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication propose d’abord un certain nombre de chiffres relatifs aux institutions. Le bilan est en la matière assez mitigé : à l’exception notable de l’audiovisuel public, toutes les autres institutions sont aujourd’hui majoritairement dirigées par des hommes. Seules 12% des entreprises culturelles privées sont dirigées par des  femmes. Les institutions publiques (hors audiovisuel) s’en sortent un peu mieux avec environ 30% de femmes parmi leurs postes décisionnels. Mais si ces chiffres ne semblent pas trop alarmants au premier regard, il faut entrer dans le détail pour se rendre compte que l’importance de l’institution a un effet direct sur la part des femmes dans les postes de direction : ainsi, 53% des structures labellisées dotées d’un budget inférieur à 500.000 euros sont dirigées par des femmes… contre 22% seulement des mêmes structures lorsque leur budget dépasse 10 millions d’euros annuels – et encore étions-nous à 5% en 2015 pour ces structures les plus riches !

Emploi et rémunérations : là encore, des efforts à faire  

Sur le front de l’emploi, le ministère constate une progressive féminisation des métiers de la culture. Les femmes sont quasiment aussi nombreuses que les hommes dans les métiers du livre et les arts visuels. Les professions à dominante technique sont en revanche encore dominées par les hommes – moins d’un tiers des architectes sont des femmes, même si le pourcentage progresse de manière spectaculaire depuis quelques années. Les écarts sont toutefois encore massifs en matière de rémunération, puisque les différences de salaire horaire sont de l’ordre de 18%. Les femmes sont également sous-représentées parmi les hauts salaires… alors qu’elles sont majoritaires parmi les bas salaires (parmi les 10% des personnes disposant des revenus les plus faibles, on trouve 57% de femmes).    

  

Une présence des femmes encore faible dans les médias et les œuvres  

La présence des femmes dans les médias audiovisuels aux heures de grande écoute est là encore minoritaire, à l’exception notable des présentatrices à la télévision. Plus étonnant (à moins que cela ne soit significatif) la présence des femmes est au contraire très minoritaire à ce même poste de présentation sur les ondes des radios ! Et si les journalistes féminines sont sur le point de gagner la bataille de l’égalité (du moins en nombre), il n’en va pas de même des invités et autres experts mobilisés, qui sont encore à 80% des hommes. 

Enfin, la programmation artistique est également très masculine, en particulier dans les domaines de l’art contemporain et du cinéma. 70% des artistes d’art contemporain exposés sont issus de la gente masculine,  et 78% des films sont réalisés par des hommes. Il faut dire sur ce dernier point que l’on vient de (très) loin. C’est par exemple ce que nous rappelle cruellement le palmarès du festival de Cannes, qui n’a accordé sa Palme d’Or qu’à une seule réalisatrice en plus de soixante-dix éditions !