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L’évolution des métiers en France depuis 30 ans


Boris Chabanel | 10 mai 2017 | Mots-clés métiers chômage économie statistique | Fils rouges emploi & insertion

Depuis trente ans, le nombre de personnes en emploi en France métropolitaine a progressé de 3,4 millions, pour atteindre 25,8 millions en moyenne sur la période 2012-2014. Comme le révèle une étude récente de la DARES (service statistique du ministère en charge du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social), cette hausse globale du volume de l’emploi s’est accompagnée deprofonds changements dans sa composition en termes de métiers : Quels métiers ont été les plus dynamiques au cours des trois dernières décennies ? Comment la structure de l’emploi a-t-elle évolué, par niveau de qualification et de diplôme ?

Concernant l’évolution des métiers par secteurs, la Dares soulignent les évolutions structurelles observées depuis plusieurs décennies. Les créations d’emploi se concentrent dans les métiers des services (+5,3 millions d’emplois), et tout particulièrement dans les métiers du domaine de la santé et de l’action sociale, culturelle et sportive (dont le nombre d’emplois a doublé sur la période : (+1,35 million d’emplois), des services aux particuliers, de la gestion et des services aux entreprises. En revanche, la France ne compte aujourd’hui plus que 958 000 que personnes exerçant un emploi lié à l’agriculture, l’élevage et la pêche, alors qu’elles étaient plus de 2 millions au début des années 1980. De même, sous l’effet de l’automatisation des procédés et de la concurrence des pays à bas coût de la main-d’œuvre, la plupart des métiers de l’industrie ont connu une baisse d’effectifs marquée et régulière depuis trente ans (-826 000 emplois), en particulier dans les industries du textile, travail du bois, mécanique et travail des métaux.

Les éclairages concernant l’évolution des qualifications des emplois apportent des nuances précieuses à ce panorama d’ensemble. S’agissant de l’industrie, la Dares observe que si les emplois d’ouvriers non qualifiés et qualifiés de l’industrie reculent respectivement de 853 000 et 306 000 emplois, le nombre d’emploi de techniciens et agents de maîtrise du domaine de la maintenance (+222 000), ainsi que d’ingénieurs et cadres de l’industrie (+171 000), a fortement progressé. Pour autant, il serait erroné de conclure à un recul généralisé de l’emploi peu qualifié. Car, comme le montre la Dares, si les métiers les plus qualifiés ont d’une manière générale été particulièrement dynamiques au cours des dernières décennies (cadres et professions intellectuelles supérieures, +2,4 millions ; professions intermédiaires, +2,0 millions), les effectifs des métiers d’employés non qualifiés (+1,1 million) ont également progressé, portés notamment par la forte augmentation des effectifs d’aides ménagères, aides à domiciles et assistantes maternelles, emplois qui ne sont ni délocalisables ni automatisables, et pour lesquels la demande est particulièrement dynamique.

La Dares constate par ailleurs que la progression des niveaux de formation des actifs a été plus rapide que la montée en qualification des emplois. Alors qu’au début des années 1980 plus de la moitié des personnes en emploi ne détenaient aucun diplôme, en 2012-2014 huit sur dix en ont un. En raison de la forte élévation du niveau de diplôme des jeunes, les mêmes emplois ne sont pas pourvus aux mêmes niveaux de diplôme d’une génération à l’autre. Selon la Dares, ceci conduit à une transformation des « normes de qualification » au sein de la plupart des métiers. Par exemple que parmi les métiers d’ouvriers et d’employés non qualifiés, si les non-diplômés restent les plus représentés, certains diplômes se développent : en 2012-2014, 34 % d’entre eux détiennent un CAP-BEP et 16 % un bac ou un brevet professionnel contre respectivement 22 % et 2 % il y a trente ans.

Enfin, la féminisation de l’emploi constitue une autre tendance lourde de ces dernières décennies. Depuis le début des années 1980, le nombre de femmes en emploi a augmenté de 3,2 millions tandis que le nombre d’hommes en emploi n’a progressé que de 0,2 million. Les femmes occupent ainsi 48 % des emplois en moyenne sur la période 2012-2014, contre 41 % il y a trente ans (voir billet précédent sur l’évolution de la mixité des métiers).

Source: Dares