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L’impact du chômage sur les personnes et leur entourage


Boris Chabanel | 14 novembre 2016 | Mots-clés chômage droits inégalité insertion pauvreté représentations | Fils rouges emploi & insertion

La situation de chômage de masse que connait la France depuis plusieurs décennies s’est encore accentuée depuis la crise de 2008 : taux de chômage dépassant les 10% depuis 2013 ; 5,5 millions de personnes recherchant un emploi inscrites à Pôle Emploi (dont 3,5 millions sans aucune activité au cours du mois) ; allongement considérable de la durée moyenne du chômage… Rappelant cette dure réalité des chiffres du chômage, un rapport récent du Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’attache à faire la lumière sur une facette encore insuffisamment explorée et largement ignorée : les conséquences sociales et sanitaires de la privation d’emploi sur les personnes et leur entourage.

Si la progression du chômage a un effet anxiogène sur la société, il est d’abord un traumatisme pour les personnes qui en sont victimes comme en témoignent de plus en plus de professionnels, psychiatres, épidémiologistes, associations de chômeurs, organisations syndicales, etc. Et le CESE de souligner le véritable traumatisme que peut constituer la perte d’emploi et/ou la difficulté à (re)trouver un emploi. Alors que les français affichent un attachement pour la valeur travail supérieur à leurs voisins, perdre son emploi peut être synonyme de perte de son identité sociale et de certains réseaux sociaux. Au choc de la perte peut succéder une fragilisation de l’estime de soi et de la confiance en l’avenir quand les efforts de recherche d’emploi sont jalonnés d’échecs et que la privation de travail s’inscrit dans la durée. Or comme le constate le CESE, ces souffrances ne sont souvent ni perçues comme telles ni considérées comme légitimes.

D’autre part, selon le CESE le chômage est désormais l’un des principaux facteurs de risque d’entrée dans la pauvreté. 40 % des personnes au chômage ne sont pas indemnisées. Chaque année, 2 milliards d’euros d’indemnités ne sont pas attribués à des chômeurs, pourtant éligibles, faute d’inscription à Pôle emploi. En 2014, la moitié des personnes privées d’emploi a touché moins de 500 euros par mois.

De plus, le CESE appelle à considérer le chômage comme une véritable question desanté publique. Plusieurs études montrent en effet que la privation d’emploi se traduit par une surmortalité pour les hommes comme pour les femmes, par une détérioration de la santé physique et mentale, par des conduites addictives plus fréquentes (tabagisme, alcoolisme, obésité, etc.). 10 à 14 000 décès par an sont imputables au chômage du fait de l’augmentation de certaines pathologies, de l’accroissement du risque de suicide ou encore du renoncement aux soins. Par exemple, pour les personnes en situation de chômage, le risque d’accident vasculaire cérébral et d’infarctus est augmenté de 80 % au regard des actifs. De même, l’apparition de trouble dépressif est multipliée par 2,95 pour un homme et 1,90 pour une femme.

Enfin, le chômage a un impact sur l’entourage des personnes concernées, ce qui en fait des victimes collatérales. Comme l’indique le CESE, lorsque la situation se prolonge, la personne peut voir son image de parent se détériorer, ce qui a un impact sur l’avenir scolaire des enfants : il a été établi que les enfants dont les parents ont connu la précarité professionnelle ont de moins bons résultats scolaires. D’autre part, le chômage a également un impact sur la stabilité de la vie conjugale car il augmente les risques de séparation.

Pour le CESE, il est aujourd’hui urgent de prendre conscience et d’alléger les souffrances et les incertitudes vécues par les personnes en situation de chômage. Un enjeu fort concerne le regard souvent stigmatisant que portent sur elles la société. Admettre que les chômeurs sont avant tout victimes d’une conjoncture économique défavorable dont ils ne sont pas responsables permettrait de préserver l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et in fine leur chances même de réinsertion sur le marché du travail.