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L’universalisme proportionné : un principe récent pour des politiques publiques plus justes


Ludovic Viévard | 17 juin 2016 | Mots-clés minorité / majorité vulnérabilité | Fils rouges conflits de normes

L’universalisme proportionné pourrait sonner comme un curieux oxymore. C’est pourtant un intéressant concept de l’action médico-sociale qui se développe en proposant une approche différente de l’inclusion, notamment adressée aux politiques publiques. En quoi consiste-t-il ? En quoi est-il innovant ? 

Formulé en 2010 dans le rapport intitulé Fair Society, Healthy Lives, commandé à Michael Marmot par le ministère de la santé britannique, l’universalisme proportionné (proportionate universalism) offre une solution aux approches antagonistes, universelle ou ciblée, qui inspiraient jusque là les programmes médico-sociaux. L’avantage des programmes universaux est d’être ouverts à tous. Mais leur limite est que, dans les faits, de nombreux freins font obstacles à l’accès des personnes les plus fragiles. Inversement, les programmes ciblés s’adressent aux populations les plus à risque, celles qui, précisément, échappent généralement aux programmes universels. C’est évidemment leur point fort. Mais leur limite est de ne pas inclure tout le monde, or des personnes vulnérables se trouvent aussi dans les populations qui ne sont pas, a priori, identifiées comme étant à risque. Un écart bien illustré dans le schéma de synthèse du Human Early Learning Partnership, Université de la Colombie Britannique, 2011 :  

Ainsi explique Michael Marmot, il convient de tenir compte du gradient social de santé qui définit l’écart de risques des individus selon leur position sociale ou leur statut socio-économique (SSE). Les études montrent que la vulnérabilité est plus importante dans les milieux défavorisés mais qu’elle existe bel et bien dans les milieux favorisés. Si ce gradient se retrouve dans l’état de santé et l’espérance de vie, il montre plus largement les écarts dans d’autres inégalités, par exemple l’alphabétisation : 

L’universalisme proportionné vise ainsi à combiner les deux approches, universelle ou ciblée, pour qu’à la fois l’ensemble de la population accède aux programmes de prévention et de soin tout en accordant une attention particulière aux groupes les plus exposés. L’objectif est ainsi de diminuer le gradient social, c'est-à-dire l’écart entre les groupes, et prendre en compte chacun selon ses besoins. « Ces dernières années, de nombreuses politiques sociales mises en œuvre pour lutter contre les inégalités ont ciblé les plus groupes ou les lieux les plus désavantagés. [Les recommandation du rapport de Michael Marmot] proposent des actions d’une portée et d’une intensité universelle mais aussi proportionnellement ciblée pour réduire la pente du gradient » (traduit de Fair Society,Healthy Lives). L’universalisme proportionné se présente donc comme un principe inspirant des politiques sociales justes en ce qu’elles visent à la fois à corriger les fragilités repérées (difficultés d’apprentissage, problèmes de santé, etc.) tout en réduisant les inégalités.