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La discrimination à l'emploi en quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 26 avril 2017 | Mots-clés mixité entreprise inégalité statistique chômage équité discrimination économie | Fils rouges chiffres

Cette année encore, le Défenseur des droits et l’Organisation Internationale du Travail rééditent leur état des lieux des discriminations à l’emploi en France. Issu d’une enquête menée auprès de plus de 5000 personnes représentatives de la population française en termes d’âge, de sexe, de CSP et de niveau d’étude, ce baromètre fait apparaître l’emploi comme un territoire de discrimination particulièrement marqué.

La discrimination à l’emploi : une réalité admise par la majorité des personnes interrogées

La première information tirée de l’enquête concerne la perception du phénomène par les personnes interrogées. De ce point de vue, les français ne sont pas dupes puisqu’ils sont seulement 4% à penser que la discrimination lors d’une recherche d’emploi ou au long d’une carrière professionnelle n’existe pas. Conscients du phénomène, ils sont même la moitié à penser que ces discriminations sont particulièrement fréquentes lors de la recherche d’un emploi. Les auteurs notent à ce propos que « ces représentations font écho au caractère peu transparent et particulièrement arbitraire de certains processus de recrutement mis en évidence dans de nombreux travaux. »  

Plus d’un tiers des français s’est senti victime de discrimination à l’emploi

Si la discrimination à l’emploi est perçue comme une réalité par l’écrasante majorité des français interrogés, "seules" 34% d'entre elles déclarent en avoir été victimes... ce qui fait de l’emploi (et de très loin) le premier facteur de discrimination. 29% des personnes interrogées ont ressenti une telle discrimination dans leur carrière professionnelle, et 18,5% lors d’une recherche d’emploi. Les auteurs remarquent à ce sujet que « le fait d’être en emploi facilite l’obtention d’informations (…) permettant de se comparer à ses collègues et d’identifier une inégalité de traitement. A l’inverse, l’opacité des recrutements limite les possibilités de disposer d’éléments mettant en évidence la discrimination et laisse une large place au doute. »

Un phénomène qui touche particulièrement certaines populations

Sans surprise, la discrimination à l’emploi ne touche pas de manière uniforme toutes les populations. Parmi les 34% de personnes ayant déclaré être victimes de discrimination, la majorité sont des femmes. En croisant plusieurs caractéristiques des individus, on réalise alors que certains groupes sont très peu touchés, comme par exemple les hommes blancs de 35 à 44 ans ayant des enfants. A l’autre bout du spectre, plus de la moitié des représentants de certains groupes se sentent victimes de discrimination : c’est le cas des femmes en situation de handicap (53%), des hommes de 18 à 34 ans perçus comme arabes, noirs ou asiatiques (59%) et plus encore des femmes âgées de 18 à 44 ans perçues comme arabes, noires ou asiatiques (65%). Pour ce dernier groupe, il apparaît clairement que plusieurs facteurs de discrimination se cumulent : l’origine, certes, mais aussi (et peut-être surtout) l’âge, car « les femmes actives de 18 à 44 ans qui ont été enceintes ou mères d’un enfant en bas âge ont été deux fois plus la cible de discriminations que les autres. »

Du constat… à la difficile résolution du problème

Sans grande surprise là non plus, le rapport rappelle que ces discriminations ont souvent pour ceux qui en sont victimes « des répercussions sur l’ensemble de leur vie professionnelle, leur carrière et par ricochet sur leur vie sociale. » Ce qui amène les auteurs à appeler à « une action vigoureuse de lutte contre les discriminations des pouvoirs publics comme des acteurs de l’emploi. »

Cet appel énergique à l’action n’est toutefois pas le premier, puisqu'il s'agit là de la 10ème édition du baromètre depuis sa création. Et force et de constater, malheureusement, que les choses ne sont guère améliorées entre temps.