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La Fédération des acteurs de la solidarité s’invite dans la campagne présidentielle


Ludovic Viévard | 19 janvier 2017 | Mots-clés société civile politiques publiques | Fils rouges politiques publiques

Lors de son dernier congrès, à l’occasion de son 60e anniversaire, la Fédération des acteurs de la solidarité présidée par Louis Gallois s’est inquiétée de la fragilisation du lien de solidarité et du risque de « séparatisme social ». Elle décrit un système de plus en plus déprécié par des usagers qui dénoncent l’assistanat et stigmatisent les plus fragiles sur qui ils « font porter la responsabilité de la précarité ». Contre cela, explique-t-elle, il faut resserrer les liens et cesser de considérer la solidarité comme un coût pour l’envisager comme un investissement. À cette fin, elle propose une plateforme de propositions soumises aux candidats à l’élection présidentielle.

Les nouvelles frontières de la solidarité

Voir la solidarité comme un investissement ? L’idée peut sembler cynique. La solidarité n’a pourtant pas besoin de motifs désintéressés pour s’exercer et la considérer sous l’angle du bénéfice / risque collectif permet de désarmer les discours les plus libéraux. « La solidarité doit être pensée comme un investissement économique et social qui crée du bien-être et de la croissance pour tous ». Pour cela, la Fédération des acteurs de la solidarité envisage son rôle comme celui du « lobby des plus fragiles ». À ce titre, elle se conçoit comme un outil permettant de redonner du pouvoir d’action aux plus précaires et de s’organiser avec eux pour peser sur les politiques publiques. Fruit d’un travail de longue haleine, les propositions se structurent selon quatre axes : « investir dans la jeunesse en s’attaquant aux inégalités dès l’enfance, prévenir les ruptures dans l’emploi ou la perte de logement, développer le pouvoir d’agir de chacun et la citoyenneté de tous et, enfin, investir dans le dynamisme local avec des territoires plus solidaires ». On s’y reportera pour le détail, en se bornant à noter qu’on y trouve des quelques mesures innovantes et une forte dimension territoriale.

Un catalogue de mesures, mais pas uniquement

La plateforme s’apparente à un catalogue de mesures renforçant les politiques publiques de solidarité. Si certaines sont demandées depuis longtemps, comme un RSA jeune, d’autres explorent des pistes d’innovation qui répondent aux évolutions de la société. À titre d’exemple, on peut citer la volonté de ne plus faire reposer la protection sociale quasi-exclusivement sur le salariat. En effet, la transformation des formes d’emploi fait qu’il est de plus en plus difficile d’ouvrir des droits pleins. Le « précariat » se développe qui fracture la société entre, d’un côté, ceux qui bénéficient d’un système assurantiel d’indemnisation du chômage et, de l’autre, ceux qui ne peuvent compter que sur les minimas sociaux. « Intervenir en amont est ainsi capital. À la réparation, il est essentiel d’ajouter la prévention, en se centrant sur les besoins des individus, sur leurs trajectoires plutôt que sur leur statut d’emploi à un instant T ». Ainsi le rapport propose-t-il des mesures s’adressant à des personnes en emploi de façon à les maintenir dans leur logement, à lutter contre les situations de « travailleurs pauvres », à mieux soutenir l’accès aux soins, par exemple en généralisant le tiers payant. Dans un autre registre, on peut souligner le soutien au système de pairs-aidants, sur lequel on reviendra dans un prochain billet.

Le territoire, un maillon clé de l’action publique

Le dernier train de propositions, constituant l’axe 4, met l’accent sur la dimension territoriale. Il s’agit d’une part d’appuyer la mise en œuvre locale des efforts de solidarité, au plus près des besoins de chaque territoire. Il s’agit d’autre part de réduire les inégalités territoriales, y compris par le biais de plans nationaux, et de lutter contre leurs effets en matière de logement, d’emploi (soutien à l’insertion par l’activité économique et aux emplois aidés dans les territoires les plus touchés) et d’accès aux soins (développement des maisons de santé pluridisciplinaire, aide à l’implantation des médecins, etc.).

Au-delà de la reprise ou non de ses propositions, la plateforme de la Fédération des acteurs de la solidarité a pour objectif de replacer la question sociale au cœur des débats et d’interpeler les candidats à l’élection présidentielle.