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La mixité au collège : les chiffres qui dénoncent…


Aurélien Boutaud | 7 octobre 2016 | Mots-clés mixité inégalité statistique éducation cohésion sociale jeunes politiques publiques | Fils rouges chiffres

Comme souvent, la rentrée scolaire et universitaire est marquée cette année par de nombreuses polémiques… mais aussi par la production de plusieurs études chiffrées qui ont le mérite d’éclaircir les débats. Sur la question de la mixité au collège, par exemple, Thomas Piketty a mis le feu aux poudres dès le début septembre en publiant un article dans le Monde et un autre, plus étayé, sur son blog. L’auteur du « Capital au 21ème siècle » permet ainsi aux travaux de l’économiste Julien Grenet de rencontrer davantage d’écho dans la sphère publique. 

Des collégiens défavorisés exclus des collèges privés

Que nous disent ces travaux ? A partir des bases de données de l’académie de Paris, Julien Grenet s’est intéressé à la répartition des élèves au sein des 175 collèges de la capitale en fonction de leur appartenance sociale. Il s’est notamment intéressé aux enfants d’ouvriers, de chômeurs et d’inactifs, qu’il a réuni sous l’intitulé de « défavorisés ». Cette classe représente 16% de l’ensemble des collégiens de la capitale. Or le constat de Julien Grenet est accablant, puisque ces collégiens « défavorisés » sont quasiment absents (moins de 1%) de certains collèges particulièrement huppés, alors qu’ils représentent au contraire plus de la moitié – jusqu’aux deux tiers – des collégiens de certains établissements. Et c’est bien le rôle des collèges privés qui semble prioritairement en cause : en effet, la quasi-totalité des établissements comprenant moins de 5% d’élèves défavorisés sont privés. « Autrement dit, écrit Thomas Piketty, les collèges privés pratiquent une exclusion quasi complète des classes sociales défavorisées (…).  Cela s’explique en partie par le fait que ces collèges sont payants (…), et plus encore par le fait que les collèges privés peuvent choisir eux-mêmes les élèves qu’ils acceptent et ceux qu’ils refusent. »  

Un effet renforcé par la ségrégation résidentielle

Qu’en est-il alors des élèves du secteur public ? Thomas Piketty note que la ségrégation est là encore très forte. C’est alors la ségrégation résidentielle qui est en cause : la carte scolaire envoie en effet les enfants au collège le plus proche de leur résidence, si bien qu’on trouve logiquement les élèves défavorisés en concentration beaucoup plus importante dans les quartiers pauvres. Et ce phénomène est particulièrement marqué dans les grandes villes, comme l’illustre l’indice de ségrégation sociale construit par Julien Grenet, qui fait clairement apparaître Paris et Versailles en tête de ce triste classement… tandis qu’Aix-Marseille et Lyon arrivent juste derrière, pour ce qui concerne la province.    

Un constat accablant, mais des solutions possibles

La bonne nouvelle, c’est que les solutions existent, particulièrement en milieu urbain dense. « En faisant rentrer les collèges publics et privés dans un même système d’affectation des élèves, il est possible de faire fortement progresser la mixité sociale au collège » souligne Thomas Piketty. Par exemple, avec un système obligeant les collèges à compter entre 10 et 20 % d’élèves défavorisés. « Et il n’est nul besoin pour cela de faire se déplacer les collégiens dans tout Paris : compte tenu de la très forte densité urbaine parisienne, des faibles distances et du bon système de transport en commun, il est possible de réduire de façon massive la ségrégation, sans augmenter exagérément les temps de transport. »

Cette solution a d’ailleurs déjà été engagée dans les lycées parisiens, avec la procédure Affelnet, qui prend en compte les notes et les vœux d’affectation des élèves, mais aussi des « points boursiers » pour les élèves les plus défavorisés. Grace à ce système, la ségrégation au sein des lycées parisiens a baissé de 34 %, selon une autre étude.

Comme quoi, la mixité sociale dans les établissements scolaires n’est pas forcément un vœu pieu : il s’agit avant tout d’une question de volonté politique.