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La plupart des intermédiaires du marché du travail ne disposent pas d’un accès direct aux demandeurs d’emploi et aux entreprises


Boris Chabanel | 12 avril 2017 | Mots-clés accompagnement chômage entreprise insertion politiques publiques | Fils rouges emploi & insertion

Dans le cadre d’un appel à propositions de recherche lancé par Pôle Emploi, le Centre d’études de l’emploi et du travail a réalisé une étude d’envergure visant à analyser la diversité et les dynamiques des intermédiaires du marché du travail, à savoir les opérateurs privés ou publics « dont l’activité participe directement ou indirectement à rapprocher « l’offre » et la « demande » de travail, que ce soit en faisant de la mise en relation, du placement, du conseil en recrutement, de l’accompagnement, de l’orientation, de la formation, etc. ». Privilégiant une approche territoriale, ce travail s’appuie sur deux enquêtes de terrain (entretiens auprès de responsables de structures et d’équipes), réalisées dans un territoire rurbain limitrophe d’une grande agglomération régionale et une agglomération située en Île de France. L’étude esquisse une cartographie des acteurs particulièrement éclairante.

Celle-ci permet tout d’abord de mieux cerner les différences d’ancrage des acteurs. Certains acteurs interviennent sur un périmètre régional, voire national, en raison de la mobilité de leur public. Outre les intermédiaires en ligne, on trouve surtout dans cette catégorie les intermédiaires qui se destinent aux cadres comme l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). D’autres acteurs intervenant à l’échelle du bassin d’emploi ont un ancrage déterminé par le tissu économique local. On retrouve dans cette catégorie les intermédiaires (agences d’intérim, agences locales de Pôle emploi,…) qui se consacrent à des demandeurs d’emploi dont la profession ou le métier est bien identifié et dont les qualifications sont ajustées aux opportunités disponibles sur le marché du travail local. Troisième catégorie mise en évidence par l’étude, d’autres intermédiaires ont vocation à intervenir à l’échelle plus fine de la commune, de façon à atteindre des franges de la population qui ne sont pas immédiatement connectées au marché du travail. Il s’agit d’intermédiaires qui ont d’abord pour fonction d’accueillir certaines catégories de demandeurs d’emploi avant d’entreprendre de les rapprocher de l’offre : structures municipales, référents des allocataires du RSA, structures d’insertion par l’activité économique, etc. Pôle emploi fait figure de cas particulier car il a la capacité d’intervenir à ces trois échelles territoriales différentes.

L’étude met également en lumière un paradoxe. D’un côté, on observe une dynamique institutionnelle (à travers notamment les jeux de financement et de conventionnement) pour inciter l’ensemble des intermédiaires à faire du « placement » (retour à l’emploi) l’objectif prédominant de leur activité, y compris ceux qui n’en avaient pas fait leur spécificité première (missions locales, chantiers d’insertion, PLIE, structures d’accompagnement des bénéficiaires du RSA…) car engagés sur des objectifs de resocialisation et de traitement des difficultés périphériques à l’emploi. Mais la mise en œuvre de cet objectif se trouve contrariée par le fait que, à l’exception de Pôle emploi et Cap emploi (pour le service public) et des ETT (entreprises de travail temporaires), la plupart des acteurs ne disposent pas d’un accès direct aux deux versants du marché du travail. En raison du cadre institutionnel, la majeure partie des acteurs doit passer par des intermédiaires tiers – parmi lesquels Pôle Emploi occupe une place centrale – pour entrer en contact avec des demandeurs d’emploi et/ou accéder aux offres d’emplois émises par les employeurs.

Source: Pôle Emploi / CEET