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La précarité énergétique en quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 25 novembre 2016 | Mots-clés pauvreté statistique vulnérabilité environnement précarité logement | Fils rouges chiffres

L’arrivé prochaine de l’hiver est malheureusement pour beaucoup de ménages la promesse de difficultés à régler leurs factures d’énergie. Le phénomène n’est pas nouveau, mais l’accroissement des prix de l’énergie et la volonté d’engager la France dans un changement de modèle énergétique ont renouvelé l’intérêt politique pour la précarité énergétique au tournant des années 2010. Afin de mieux connaître cet enjeu, l’Etat s’est doté d’un Observatoire National de la Précarité Energétique (ONPE), qui vient de publier un rapport statistique très éclairant. Et préoccupant.

Des facteurs sensibles : le prix de l’énergie, mais pas seulement…

La Loi Grenelle 2 définit la situation de précarité énergétique comme relevant de toute « personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat. »  L’ONPE rappelle à ce propos que les facteurs de cette précarité touchent à la fois au prix de l’énergie et au niveau de revenus des ménages, mais aussi à la qualité de l’habitat et aux types d’équipements de chauffage.

L’ONPE rappelle également que la mesure du phénomène n’est pas si aisée et qu’il existe plusieurs manières d’appréhender la question sur le plan statistique. L’une d’elle consiste à se fonder sur des données objectives afin de mesurer le taux d’effort énergétique (TEE), c’est à dire la part de leurs revenus que les ménages consacrent à l’énergie. A partir de cet indicateur, les ménages sont considérés en situation de précarité énergétique si 1) leurs dépenses en énergie pour le logement sont supérieures à 10% de leurs revenus; 
et 2) leurs revenus par unité de consommation sont inférieurs au troisième décile, soit 16 309 euros par unité de consommation. 


Plus de 10% des ménages français en précarité

En se fondant sur l’Enquête Nationale Logement de 2013, l’ONPE rappelle que 2,8 millions de ménages, représentant 5,5 millions de personnes, sont en situation de précarité énergétique. Cela représente 10,4 % des ménages français, qui sont par ailleurs en majorité locataires (58% contre 41% en moyenne nationale), souvent des familles monoparentales (16% contre 7% en 
moyenne nationale) et très vulnérables (56% appartiennent au 1er décile de revenus). Les logements concernés sont « plutôt situés en milieu rural, plus anciens et chauffés par une chaudière collective ».

L’ONPE rappelle par ailleurs que le phénomène se cumule avec les dépenses liées aux déplacements, qui obligent de nombreux ménages à restreindre l’usage de la voiture, ce qui peut s’avérer très pénalisant en périphérie urbaine ou en milieu rural. 


Un phénomène en hausse, lié au prix de l’énergie et au pouvoir d’achat

Plus préoccupant encore, les différents indicateurs utilisés montrent tous un accroissement du phénomène : entre 2006 et 2013, le nombre d’individus concernés par la précarité énergétique s’est accru d’1,5 million de personnes, passant de 8,4 à 10,4% des ménages. Parmi les causes de cette évolution, l’ONPE cite bien entendu l’évolution des prix de l’énergie, qui ont connu un pic autour de 2012, se traduisant par un accroissement des dépenses des ménages dans ce secteur. Dans le même temps, les effets de la crise se faisaient ressentir sur les revenus des ménages, se traduisant par une baisse de leur pouvoir d’achat qui aggrave d'autant le phénomène.

L’ONPE constate enfin que les dispositifs politiques mis en place pour lutter contre la précarité énergétique ont du mal à endiguer cette dynamique : ce qui plaide en faveur d’un accroissement des efforts de réhabilitation énergétique des bâtiments, principal levier pour réduire à la fois les consommations d’énergie et réduire l’exposition des ménages les plus modestes.