Vous êtes ici :

La réembauche est devenue le mode de recrutement le plus courant


Boris Chabanel | 6 septembre 2016 | Mots-clés précarité insertion | Fils rouges emploi & insertion

Une étude récente de l’Unedic se penche sur le phénomène de « réembauche », c’est-à-dire les situations où un salarié retravaille pour un ancien employeur ou de manière équivalente, celles où un employeur fait appel à un ancien salarié. Elle met en évidence une facette peu connue de l’explosion des CDD dans les flux de recrutement, à savoir le fait que la majorité des embauches se font en contrats courts chez un ancien employeur.
Plusieurs enseignements de l’étude méritent ainsi d’être soulignés.

  • La part des réembauches dans l’ensemble des embauches hors intérim et intermittence du spectacle augmente de façon constante entre 1995 et 2012 : elle passe de 30% environ à près de 60% en 2012. Autrement dit, les premières embauches ne représentent désormais que 40% de l’ensemble des recrutements.
  • La majeure partie (80%) de ces réembauches se font chez le dernier employeur : le salarié retourne travailler chez le dernier employeur qu’il a quitté. Au total, la réembauche chez le dernier employeur représente désormais près de la moitié de l’ensemble des recrutements.
  • Une réembauche sur deux en 2012 se concrétise dans un délai d’une semaine, et 91% d’entre elles se font chez le dernier employeur. De plus, 81% des réembauches en 2012 sont réalisée en CDD d’un mois ou moins (seuls 2% donnant lieu à un CDI).
  • Le phénomène touche de plus en plus de salariés : il ne concernait qu’un quart des personnes embauchées en 2000, contre près de quatre personnes sur dix embauchées en 2012.
  • La réembauche tend à se diffuser à des secteurs non concernés par le CDD d’usage (CDDU). Les secteurs concernés par les CDDU (spectacle, restauration, publicité, etc.) concentrent certes plus de la moitié (60 %) de la réembauche en 2012, mais la plus forte augmentation de la réembauche parmi les embauches entre 2000 et 2012 s’observe dans d’autres secteurs : l’hébergement médico-social (+ 25 points), le commerce de détail (+ 21 points), l’administration publique (+ 23 points), l’activité pour la santé humaine (+ 23 points) et les services relatifs aux bâtiments (+ 24 points).

Au total, ces différents éclairages suggèrent que la forte augmentation des contrats courts sur la période récente renvoie pour l’essentiel à un phénomène de fragmentation croissante de la relation d’emploi entre les employeurs et leurs salariés. Autrement dit, elle ne semble pas refléter une insatisfaction des employeurs à l’égard de leurs salariés puisqu’ils misent d’abord sur d’anciens collaborateurs pour pouvoir leurs besoins de recrutement, mais traduirait d’abord un besoin accru de flexibilité dans la gestion de la main d’œuvre.

Pour autant, la très faible durée des contrats et leur renouvellement quasi-immédiat posent question : la volatilité de l’activité des entreprises justifie-t-elle une telle instabilité de la relation d’emploi ?

Source : Unedic, éclairages n°14, janvier 2016