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La solitude touche un français sur dix


Aurélien Boutaud | 28 février 2017 | Mots-clés pauvreté statistique chômage vulnérabilité capabilités politiques publiques

La Fondation de France a récemment publié les résultats d’une étude portant sur la solitude, menée en collaboration avec le CREDOC. Si le phénomène est parfois difficile à analyser, force est de constater que l’isolement objectif se traduit pour les personnes qui en sont victimes par des situations de vulnérabilité psycho-sociale plus marquées que la moyenne. Retour sur les principales conclusions de cette étude.

La solitude, un sentiment délicat à quantifier

La Fondation de France s’est concentrée dans cette enquête sur les personnes en « situation objective d’isolement », c’est à dire des personnes, vivant seules ou en couple, et « ne rencontrant jamais physiquement les membres de tous leurs réseaux de sociabilité (famille, amis, voisins, collègues de travail ou activité associative) ou ayant uniquement des contacts très épisodiques avec ces différents réseaux : quelque fois dans l’année ou moins souvent. » Il faut toutefois noter que la solitude en tant que telle peut être ressentie de manière très différente selon les individus, ce qui rend son analyse particulièrement délicate : si l’isolement objectif concerne 10% des français, 38% d’entre eux déclarent toutefois ne pas se sentir seuls. Cette nuance étant apportée, l’étude montre tout de même que la situation d’isolement touche davantage certains types de population…

Davantage de personnes seules parmi les pauvres et les personnes âgées

Conformément à ce qu’ont déjà signalé de nombreux travaux, « l’étude montre que les conditions de vie participent des facteurs d’affaiblissement ou d’empêchement du lien social et potentialisent le risque d’isolement. » Ainsi, on trouve davantage de personnes seules parmi les chômeurs et les inactifs non étudiants. Plus du tiers des isolés ont des revenus modestes (contre un quart de la population). Sans surprise, la part de personnes isolées est également plus importante parmi les personnes âgées, ainsi que parmi le personnes dont la santé est fragile. On trouve également une proportion plus importante de personnes isolées parmi celles qui restreignent (de gré ou de force) leurs budgets dédiés aux loisirs et à la culture – activités qui sont un potentiel facteur de socialisation.

La solitude influe les perceptions… à moins que cela ne soit l’inverse ?

L’une des conclusions les plus intéressantes de l’étude concerne certains mécanismes que la Fondation de France assimile à un cercle vicieux : en effet, « les 10% de Français en situation d’isolement objectif se désengagent largement de la vie publique (et) développent une défiance particulière à l’égard des institutions, y compris des associations. » Les personnes isolées votent moins lors des élections, participent moins à la vie associative et sont systématiquement plus défiantes que la moyenne à l’égard des institutions privées comme publiques. Plus surprenant, près de la moitié des personnes isolées se défient même des associations : c’est pour cette catégorie d’institutions que l’écart avec la moyenne est le plus important, ce qui ne manque pas d’inquiéter la Fondation de France qui y voit « l'expression d'un profond mal être, qui réinterroge les vecteurs traditionnels de sociabilité et d’engagement. » C'est ce que confirment d’ailleurs d’autres chiffres, qui montrent une crise de confiance généralisée marquée en particulier par un sentiment d’insécurité et défiance vis-à-vis des autres – deux tiers des personnes isolées considèrent par exemple qu’on n’est jamais assez méfiants vis-à-vis d’autrui.  

Réviser les formes d’accompagnement ?

L’étude de la Fondation de France apporte ainsi un éclairage important sur les phénomènes d’isolement, mettant clairement en évidence le rôle du repli sur soi ainsi que ses conséquences en termes de défiance vis-à-vis d’autrui – et notamment vis-à-vis des acteurs traditionnels de l’intervention sociale. Un constat qui invite à reconsidérer les méthodes d’accompagnement classiques, pour leur préférer une forme de « médiation, qui permette de réenchanter la vision du monde et de l’engagement des isolés ». Une idée louable, mais qui reste probablement encore largement à traduire dans les faits.