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Le bénévolat (et autres activités non rémunérées) : une richesse sous-estimée ?


Aurélien Boutaud | 21 juin 2016 | Mots-clés statistique cohésion sociale coopération économie engagement | Fils rouges chiffres

A la suite du Rapport Viveret et du Rapport Stiglitz, les limites du Produit Intérieur Brut pour mesurer la richesse des nations se sont progressivement imposées dans les débats. Parmi ces critiques récurrentes, l’une tient au fait que la richesse ne saurait se limiter à la mesure des échanges monétaires. Chacun comprend en effet que le bénévolat ou les taches ménagères sont essentielles au bon fonctionnement de la société ; mais puisque ces activités ne font pas l’objet d’échanges monétaires, elles  n’apparaissent pas dans les comptes de la nation. Raison pour laquelle plusieurs études ont tenté d’estimer cette valeur au cours des dernières années, notamment en France.

Le bénévolat : 1 à 2% du PIB

En France, les tentatives de quantification de la valeur du travail bénévole se sont développées à partir des années 1990. Mais c’est au début des années 2000 que ces efforts ont quitté le cadre universitaire pour être saisis par l’Insee. S’appuyant sur l’étude « vie associative », l’institut a ainsi évalué la quantité de travail bénévole effectué au sein des associations françaises à environ 1,3 milliards d’heures par an en 2002, équivalant à 820.000 emplois à temps plein. En considérant le coût que représenterait ce travail  s’il était rémunéré, on obtient alors une valeur de 12 à 17 milliards d’euros pour 2002, soit environ 1% du PIB de la France. Un chiffre qu’Édith Archambault et Lionel Prouteau ont réactualisé pour l’année 2010, arrivant à une estimation proche, variant selon les hypothèses de 1 à 2% du PIB.

Le travail domestique : jusqu’à 50% du PIB

A partir de 2010, suite aux conclusions et préconisation du Rapport Stiglitz, l’effort de l’Insee a alors davantage concentré son attention sur les tâches non rémunérées – en particulier le travail domestique. Dès lors, le compteur explose. Cuisine, vaisselle, ménage, garde des enfants, jardinage, bricolage… mis bout à bout, l'étude de l'Insee estime que ces différentes taches représentent en France entre 42 et 77 milliards d’heures, soit une à deux fois le temps de travail rémunéré ! En valorisant ces heures au tarif du SMIC, on obtient alors pour 2010 un montant considérable, qui équivaut à 19% du PIB pour l’estimation basse et 35% du PIB pour la valeur haute. En valorisant ces heures sur une autre base (faisant appel à d’autres hypothèses) on obtient jusqu’à 50% du PIB.  

Des chiffres à prendre avec précaution

Ces écarts nous invitent à interpréter ces chiffres avec précaution. La méthodologie utilisée prête en effet à de nombreux débats : d’une part parce que l’estimation des heures de travail non rémunéré est particulièrement difficile à établir, mais aussi parce que les méthodes de valorisation monétaire de ce travail peuvent aboutir à des résultats très différents. Sur le plan éthique, enfin, certains acteurs sont réticents à l’idée de fournir une valeur monétaire au travail bénévole – qui à leurs yeux recouvre une plus-value plus importante que sa seule valeur d’échange monétaire ou salariale.

Dans tous les cas, ces études ont le mérite de mettre en lumière une partie de l’activité que les approches économiques traditionnelles ont tendance à largement ignoré. Un premier pas, peut-être, vers une reconnaissance sociale plus importante du bénévolat et des taches domestiques…

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Crédit image : Visually