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Le marché du travail en ligne devient-il plus transparent ?


Boris Chabanel | 31 mars 2017 | Mots-clés entreprise numérique | Fils rouges emploi & insertion

Internet est devenu un média incontournable dans le fonctionnement du marché du travail. Les sites internet permettant de diffuser ou de consulter à moindre coût des offres d’emploi ou des CV en ligne se sont multipliés. En assouplissant les modalités de relations entre les chercheurs d’emploi et les employeurs, ils contribuent en théorie à fluidifier le marché du travail. Toutefois, selon Yannick Fondeur, chercheur au Centre d’études de l’emploi et du travail, la disponibilité d’une masse impressionnante d’offres d’emploi en ligne peut nourrir certaines illusions.

Dans une note récente, il décrypte tout abord sur les différents acteurs clés de l’intermédiation numérique du marché du travail :

  • Les job boards : apparus au milieu des années 1990 aux Etats-Unis puis dans le reste du monde, ils jouent un rôle de panneau d’affichage public dédié à l’emploi. Dans la foulée de Monster, pionnier créé en 1994, les job boards se sont multipliés depuis (plusieurs centaines actifs aujourd’hui en France), se consacrant à un segment particulier du marché du travail (secteur, profession, compétence, zone géographique, etc.)
  • Les multidiffuseurs d’offres d’emplois : intercalés entre le versant « recruteur » du marché du travail et les job boards, ils permettent aux recruteurs de diffuser leurs offres sur différents supports depuis un outil unique qui prend en charge l’interfaçage avec chacun des job boards.
  • Les agrégateurs d’offres d’emploi : positionnés en tant qu’intermédiaires informationnels entre les job boards (et plus généralement tous les diffuseurs d’offres d’emploi) et les candidats, leur rôle consiste à indexer les annonces d’emploi publiées sur le web pour offrir aux candidats la possibilité d’effectuer une recherche globale au travers d’une interface unique.
  • Pôle Emploi : dans le cadre de sa démarche « Transparence du Marché du Travail », qui vise à assurer un large degré de publicité des offres et des demandes d’emploi, Pôle Emploi entend devenir à la fois agrégateur et multidiffuseur.

Cette configuration, si elle a permis une augmentation massive de la disponibilité et de la circulation de l’information en ligne, présente également plusieurs limites qui aboutissent à ce que Yannick Fondeur appelle, une « transparence en trompe-l’œil ». Tout d’abord, les outils en ligne ne portent que sur la demande de travail formulée par le biais des offres d’emploi ; or l’on sait que ces dernières ne sont qu’un canal d’embauche minoritaire en France, derrière les candidatures spontanées et les relations. Ensuite, aucun des agrégateurs opérant actuellement en France, qu’il soit public ou privé, ne rassemble l’ensemble des offres diffusées par les principaux job boards, d’autant que certains de ces derniers refusent le référencement de leurs offres. En troisième lieu, les résultats de recherche sur les agrégateurs se caractérisent par un niveau élevé d’informations non pertinentes en raison d’une forte hétérogénéité des caractéristiques et de la qualité des offres publiées par les job boards : taux élevé d’offres en doublons ou obsolètes, différences de nomenclature de métiers, renseignements manquants (salaire, type de contrat, localisation de l’entreprise, etc.), possibilités de tri limitées. Pour les mêmes raisons, la tâche des multidiffuseurs s’avère également particulièrement complexe.

Face à ces difficultés, Yannick Fondeur propose deux pistes pour favoriser la circulation d’une information de qualité : réduire l’hétérogénéité des formats et nomenclatures de publication des offres, de manière à limiter la perte d’information lors des opérations de multidiffusion et d’agrégation ; développer la labellisation des offres et/ou des diffuseurs.