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Le marché du travail national est composé d’une mosaïque de marchés locaux


Boris Chabanel | 7 septembre 2016 | Mots-clés chômage insertion statistique | Fils rouges emploi & insertion

La présentation mensuelle des « chiffres du chômage », les épisodes plus ou moins fréquents de négociation entre les partenaires sociaux, les débats récurrents autour du « code du travail » ou des « 35 heures », la place toujours centrale occupée par l’Etat dans les politique de l’emploi, du travail et de la formation… autant d’éléments qui incitent à considérer l’économie française comme un marché du travail unique et homogène. Si cette approche nationale peut avoir du sens lorsqu’il s’agit d’analyser les évolutions du cadre institutionnel du marché du travail, elle s’avère en revanche d’un intérêt limité pour qui veut mieux comprendre (et agir sur) ce qui peut freiner la rencontre entre les actifs et les employeurs. En effet, comme le montrent différents travaux académiques, le fonctionnement du marché du travail au quotidien révèle avant tout les forces de la géographie.

Dans un article consacré à la question de l’appariement sur les marchés locaux du travail, les économistes Olivier Bouba-Olga et Emilie Bourdu rappellent que l’économie du travail a démontré empiriquement que, dans la plupart des pays, le marché du travail est segmenté sur une base géographique : les entreprises et les chômeurs prospectent le plus souvent au sein d’un marché localisé et peu de personnes se déplacent d’un marché à un autre. En ce sens, même s’il n’existe pas encore de consensus sur la définition d’un marché local du travail, l’Insee a introduit dès le début des années 1980 le zonage des « zones d’emplois » destiné à l’analyse du fonctionnement des marchés locaux du travail. Actualisé en 2010, les zones d’emplois sont définies comme des « espaces à l’intérieur desquels la plupart des actifs résident et travaillent et dans lesquels les établissements peuvent trouver l’essentiel de la main d’œuvre nécessaire pour occuper les emplois offerts ».

L’analyse en termes de marché local du travail s’avère d’autant plus pertinente que plusieurs travaux empiriques  font état de fortes disparités entre territoires en matière de chômage et de création d’emploi. Par exemple, selon les dernières statistique de l’Insee concernant les taux de chômage par zone d’emploi, au 4ème trimestre 2015, alors que la zone d’emploi d’Houdan (Idf) semble proche du « plein emploi » avec un taux de chômage de 4,7%, la zone d’emploi d’Agde-Pézenas affiche un chômage massif (17,7%). De même, des écarts importants peuvent s’observer concernant l’évolution de l’emploi par zone d’emploi : tandis que l’emploi de la zone de Neufchâteau (Lorraine) connait un recul de 10% entre 2008 et 2013, la zone d’emploi de Sartène-Propriano (Corse) affiche une progression de 17% sur la période. Selon les mêmes statistiques, la zone d’emploi lyonnaise fait mieux que la majeure partie des autres grandes métropoles en matière de taux de chômage et de croissance de l’emploi (voir graphiques ci-dessous). Toutefois, selon les statistiques de la DARES, la zone d’emploi de Lyon figure parmi celles où le nombre de demandeurs d’emploi inscrit à Pole Emploi (catégories A, B, C) a le plus augmenté depuis la crise de 2008 (+98% entre juin 2008 et juillet 2016).

Ces disparités territoriales en matière d’exposition au risque de chômage et de chances de retour à l’emploi découlent de multiples facteurs qui seront abordées dans de prochains billets.

Source : Insee, taux de chômage localisés

Source : Insee, estimations d'emploi localisées

Source : Dares, demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi