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Le papy-boom au secours des chômeurs ?


Boris Chabanel | 17 décembre 2015 | Mots-clés seniors retraite chômage métiers prospective | Fils rouges emploi & insertion

Depuis le début des années 2000, les générations nombreuses du baby-boom (1945-1975) arrivent progressivement au terme de leur carrière professionnelle. Le « papy-boom » serait-il la solution tant attendue au problème du chômage en France ? Pas si simple.

Certes, comme le souligne l’Insee, nous assistons à un flux important de départs à la retraite chaque année : parmi les personnes qui occupaient un emploi en 2009, quasiment 8 millions, soit trois sur dix, devraient avoir quitté définitivement le marché du travail à l’horizon 2020. Selon le dernier exercice de prospective sur les métiers et les qualifications réalisé par France Stratégie et la DARES, sur la période 2012-2022, le nombre de départs en fin de carrière devrait avoisiner 620 000 par an en moyenne, contre 400 000 sur la période 1993-2001, avec un volume plus important à la fin de la décennie qu’à son début. Ces départs à la retraite représenteraient ainsi environ 80 % des « postes à pourvoir » sur la période 2012-2022.

Toutefois, les projections de France Stratégie/Dares indiquent que des disparités importantes devraient subsister entre secteurs. Les taux de départ à la retraite les plus élevés (>3%) concerneraient en effet les métiers suivants : Agriculteurs, éleveurs, sylviculteurs ; Ouvriers qualifiés de l’électricité et de l’électronique, de la mécanique, de la maintenance, travaillant par enlèvement ou formage de métal ; Ouvriers du textile et du cuir ; Ouvriers, techniciens et agents de maîtrise des industries graphiques ; Dirigeants d’entreprise ; Secrétaires ; Agents d’entretien ; Employés de maison ; Professions intermédiaires administratives de la fonction publique (catégorie B et assimilés), Employés administratifs de la fonction publique (catégorie C et assimilés).

Surtout, malgré leur caractère massif, les départs à la retraite des « baby-boomers » ne compenseraient pour autant les arrivées sur le marché du travail. En effet, contrairement à ses prévisions antérieures, l’Insee a annoncé une hausse régulière de la population active jusqu'en 2060 sous l’effet de la fécondité élevée de ces dernières années : elle passerait ainsi de 28,3 millions en 2010 à 31,2 millions en 2060. De plus, comme le soulignent les auteurs des projections de France Stratégie et de la Dares, les départs à la retraite ne seront pas tous remplacés et les remplacements ne peuvent se faire poste à poste, à l’identique. Dès lors, si l’on veut que le papy-boom ne coïncide pas avec un chômage soutenu, les créations d’emplois restent indispensables. Et même dans le scénario de croissance le plus optimiste proposé par France Stratégie et la Dares (retour à la croissance d’avant-crise : taux de croissance annuelle de 1,8%, création de 212 000 emplois par an en moyenne), le taux de chômage atteindrait 6,7% en 2022.