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Le travail social, un allié pour la santé publique


Sylvie Mauris-Demourioux | 6 octobre 2017 | Mots-clés Travail social politiques publiques santé | Fils rouges politiques publiques

Le travail social est appelé à occuper un rôle stratégique en matière de prévention et de promotion de la santé. Tel est le propos du dossier de mars 2016 « La santé en action » publié par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé. Pourquoi cela ?
Côté santé, la prise de conscience que la santé dépend d’abord de facteurs collectifs : inégalités sociales et santé environnementale sont désormais en première ligne devant les comportements individuels.

Côté travail social, comme le souligne Marcel Jaeger, titulaire de la chaire de travail social et d’intervention sociale du Conservatoire national des arts et métiers, “les intervenants sociaux occupent un rôle majeur dans la promotion de la santé des populations, par leur proximité avec les personnes vulnérables et leur action sur les déterminants sociaux de la santé (socialisation et lutte contre l’exclusion, renforcement des liens sociaux, logement, insertion professionnelle, participation citoyenne, lutte contre les discriminations et les violences, etc.).” Mosaïque de 1.2 millions de personnes travaillant soit auprès de particuliers employeurs (40%) soit d’organismes privés ou publics, le travail social intervient dans une diversité de champs (action sociale, éducative, animation, intervention à domicile) et de publics (personnes âgées, en situation de handicap, petite enfance et jeunes, personnes en difficultés sociales). Ils côtoient notamment au quotidien les populations plus fragiles, dont l’état de santé est plus dégradé que celui de la population générale. Bien que les interventions de ces professionnels et des structures sociales et médico-sociales en matière de promotion et d’éducation à la santé donnent des résultats incontestables, cette dimension du travail social est encore trop occultée. Les travailleurs sociaux sont peu sensibilisés et formés à cette thématique et, si la coopération entre professionnels sociaux, médico-sociaux et sanitaires se développe, le cloisonnement reste encore trop marqué. Les personnes accompagnées sont encore trop souvent le seul lien entre eux. Les écoles de formation avancent la posture de généraliste du travailleur social confronté à une multiplicité des « priorités » en fonction des publics, de l’évolution des problématiques sociales (santé mais aussi délinquance, addiction, radicalisation, etc.). D’autres raisons sont évoquées dont l’absence d’un tronc commun de formation avec les professionnels de santé qui faciliterait une culture professionnelle et des objectifs communs,  une légitimité réciproque ou encore la reconnaissance inégale des diplômes sanitaires et sociaux ainsi que des clivages organisationnels.

Mais ces difficultés ne sont pas insurmontables comme en attestent la série d’entretiens conduits auprès de porteurs d’expérimentations prometteuses conjuguant travail social et promotion ou éducation à la santé : accompagnement des parents d’enfants placés dans une pouponnière de Mulhouse, ateliers d’expression au profit de jeunes se trouvant en difficulté psychologique dans des instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques, développement de la confiance en soi auprès des travailleurs d’un établissement et service d’aide par le travail (Ésat), ateliers d’art-thérapie auprès de jeunes prostitués, ateliers sociolinguistiques dans un quartier de politique de la ville, projet « Housing first - un chez-soi d’abord » … Autant d’outils utilisant le travail social pour amener les participants à se réapproprier leur corps, prendre davantage soin d’eux et de leur hygiène corporelle, s’impliquer activement dans la prise en charge de leur santé et de celle de leur entourage ou encore prendre conscience de l’importance de la qualité de leur environnement.

Ces démarches se sont toutes appuyées sur les nouveaux paradigmes de l’accompagnement privilégiant les compétences de la personne accompagnée et veillant à la conforter dans un rôle actif. Ces expérimentations mettent en avant la dimension systémique de l’accompagnement et pointent des pistes d'amélioration (difficultés rencontrées, nouveaux outils à imaginer, adaptation du cadre organisationnel, promotion d'une posture réflexive sur les pratiques et les modes d’action...).