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Les chiffres de la pauvreté en France : ville ou campagne ?


Aurélien Boutaud | 19 mai 2017 | Mots-clés pauvreté inégalité statistique cohésion sociale | Fils rouges chiffres

Dans deux notes récemment rééditées sur son site Internet (ici et ici), l’Observatoire des inégalités revient sur la question de la géographie de la pauvreté et des inégalités en France. S’appuyant sur les chiffres de l’Insee, l’analyse de l’observatoire montre clairement que les régions les plus pauvres se situent en milieu rural délaissé. Mais les pauvres sont en réalité bien plus nombreux dans les villes, et notamment les grandes villes, où les inégalités sont particulièrement marquées. Explications…

Les zones les plus pauvres semblent situées en milieu rural…

Au premier regard, les chiffres de l’Insee font clairement apparaître que les zones les plus pauvres se situent en milieu rural, et particulièrement en zone rurale isolée. Pour le comprendre, il faut observer le niveau de vie médian des différents territoires – c’est à dire le niveau de revenu par personne qui marque la séparation entre les deux moitiés (inférieures et supérieures) de la population. Et c’est en effet dans les espaces ruraux isolés que ce revenu médian par personne est le plus faible en France, avec 1495 euros par mois – à comparer aux 1649 euros de la métropole, ou encore aux 1748 euros des couronnes des grands pôles urbains. Ces territoires ruraux isolés, qui se caractérisent par la présence importante de « ménages d’agriculteurs âgés avec de faibles retraites du fait notamment de l’inactivité (officielle) des femmes », seraient donc à première vue les zones les plus pauvres de France.

…mais en réalité, les pauvres sont davantage présents dans les villes

Ce serait oublier que ces zones rurales isolées sont également très peu peuplées, puisque 4,5% de la population seulement y réside. Pour se faire une idée plus réaliste de la géographie de la pauvreté, il est donc intéressant de se pencher sur les 57,8% de la population qui réside dans un grand pôle urbain (c’est à dire un pôle comprenant plus de 10.000 emplois), ainsi que sur les 19,6% de la population qui vit dans la couronne de ces grands pôles – soit pas moins de 77,4% de la population au total. Dans ces territoires, le niveau de vie médian plus élevé se caractérise par des écarts importants entre territoires, allant des banlieues les pus aisées aux banlieues les plus pauvres. Et c’est au sein de ces dernières que l’on trouve en réalité les populations les plus démunies, qui sont à la fois plus nombreuses qu’en milieu rural et disposant de revenus médians parfois largement inférieurs à ceux des zones rurales isolées.

La grande ville, lieu de toutes les inégalités

Ce constat ne fait que révéler un phénomène bien connu : à savoir que les pôles urbains – et particulièrement les grandes villes – concentrent les inégalités, en faisant cohabiter en leur sein les populations les plus pauvres et les plus riches. L’observatoire des inégalités le rappelle à travers quelques chiffres relatifs aux deux extrêmes du spectre des niveaux de vie : les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches. Et de constater que « les niveaux de vie des 10 % les plus pauvres sont au plus bas dans les villes-centres : ils touchent au mieux 768 euros mensuels (après impôts et prestations sociales). » A l’autre opposé, c’est à nouveau dans les grands pôles urbains que l’on trouve les records de niveau de vie des plus aisés : les 10% des plus riches y vivent avec plus de 3300 euros.

Le rapport entre le niveau de vie maximal des 10% des plus pauvres et le niveau de vie minimal des 10% les plus riches, qui fournit un bon indicateur d’inégalité, passe ainsi de 4,3 dans les villes centres des grands pôles urbains à 2,7 dans certaines catégories de milieu rural non isolé. Ce qui fait dire à l’observatoire des inégalités que « les grands pôles urbains, et tout particulièrement les villes-centres, réunissent les situations les plus contrastées. Ils sont à la fois le lieu des revenus les plus élevés et celui de la plus grande pauvreté. »

Le constat n’est pas nouveau. En revanche, de récentes études commencent à expliquer plus clairement les raisons pour lesquelles les écarts de revenus peuvent être si importants entre territoires.

C’est ce que nous verrons dans un prochain billet…