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Les enfants des pays riches face aux inégalités de bien-être : une situation française très dégradée


Sylvie Mauris-Demourioux | 9 novembre 2016 | Mots-clés Europe / international pauvreté inégalité enfance | Fils rouges publics exclus

Contrairement aux idées reçues, de plus en plus d’enfants suivis par la protection de l’enfance le sont pour des raisons de précarité ou de pauvreté (mal-logement, chômage...) et non pas de maltraitance. Cette évolution témoigne du fort impact de la crise et des mesures d’austérité sur la pauvreté infantile qui touche plus particulièrement les familles monoparentales, les familles nombreuses ou connaissant une situation de chômage. Une évolution qui a conduit le Centre de recherche de l’UNICEF – Innocenti de Florence à consacrer son rapport Innocenti 12 (2014) aux enfants de la récession et poussé les pouvoirs publics à oeuvrer en faveur de la prévention : la Belgique teste des Plateformes pilotes de concertation locales pour la prévention et la détection de la pauvreté infantile « Les enfants d’abord », la Bulgarie, via l'association Habitat for Humanism, choisit d'agir sur l'amélioration des logements en octroyant des prêts ciblés et sans intérêt aux familles vulnérables, etc.   

Fort du constat que l’écart entre les riches et les pauvres a atteint son niveau le plus élevé depuis près de trente ans dans la plupart des pays de l’OCDE, Innocenti 13 (2016) s’intéresse à l’équité entre les enfants et aux inégalités de bien-être. Comment les pays riches de l’Union européenne et de l’OCDE garantissent-ils les droits et le bien-être de leurs enfants ?  S’appuyant sur la théorie de la justice de Rawls, quatre domaines, identifiés comme ayant des répercussions fortes sur l’avenir des enfants, ont été analysés : combien d’enfants vivent dans des ménages à faibles revenus voire dans le dénuement matériel ? Combien ont un faible niveau d’éducation ? Une santé précaire ? Expriment une faible satisfaction à l’égard de leur vie ? La comparaison ne porte pas sur les écarts entre les plus riches et les plus pauvres mais entre les plus pauvres (ceux du 10ème décile, plus pauvre que 90 % des autres enfants)) et ceux du milieu de la distribution, l’enfant « moyen » (médiane).

Si le Danemark est toujours le pays où les inégalités sont les plus faibles, le bilan de la France est alarmant pour un pays de son niveau de richesse. Les dynamiques à l’œuvre tendent plutôt à alimenter les inégalités...  Un enfant français du 10ème centile a un revenu inférieur de 44% à celui de l’enfant « moyen ». Un taux qui place la France plutôt en tête du peloton derrière les pays nordiques (37%) mais devant la majorité des autres pays. En revanche, malgré une compensation des écarts de revenus plutôt bonne grâce aux prestations sociales , les revenus des enfants pauvres ont chu plus rapidement que ceux de la médiane.  Autre constat : écart de revenu relatif et pauvreté des enfants sont étroitement liés. Ainsi, plus les inégalités de revenus sont fortes, plus les taux de pauvreté des enfants sont élevés.

En matière de réussite scolaire, les inégalités relatives ont reculé dans la majorité des pays. Elles sont restées stables en France qui partage avec la Belgique une position en fin de classement et des écarts de réussite scolaire très importants. L’analyse des différences au sein des pays montre à quel point les inégalités sociales contribuent au handicap éducatif sur le long terme : « Les enfants vivant dans des familles pauvres (43 %) ont nettement plus de risques de rester enfermés dans le décile inférieur de la distribution que les autres enfants qui ne vivent pas dans des familles à faible revenu (28 %), même si les différences s’estompent entre ceux qui parviennent à en sortir. En effet, la plupart des enfants qui quittent le décile inférieur ne progressent que d’un ou deux déciles, qu’ils soient issus d’une famille pauvre ou non. On constate donc un phénomène de « plancher collant » pour tous les enfants affichant de faibles performances cognitives, mais il se révèle bien plus important chez les enfants issus de familles à faible revenu. »

Du côté de la santé, l’enquête a demandé aux enfants âgés de 11, 13 et 15 ans d’indiquer à quelle fréquence, au cours des six derniers mois, ils avaient ressenti maux de tête, d’estomac, de  dos, déprime, insomnies ou nervosité. La France figure dans la moyenne des écarts de santé (29%) mais dénote par son taux élevé d’enfants signalant au moins un problème de santé par jour, à l’instar des enfants bulgares, israéliens, maltais, italiens et roumains. De plus, comme aux Pays-Bas ou en Turquie, la situation des enfants français dans le bas de la distribution s’est détériorée davantage que celle des enfants « moyens ». Dans les 34 pays examinés, les probabilités que les filles soient laissées pour compte en termes de santé sont nettement plus élevées. Chez les adolescents, les inégalités stagnent ou s’amplifient. La France se distingue, comme quatre autres pays, par un recul, en 10 ans, des bonnes pratiques alimentaires (consommation de fruits et légumes), recul plus marqué dans la partie inférieure de la distribution, même si dans l'ensemble la consommation d’aliments et de boissons sucrés a diminué. 

Enfin, il ressort que le niveau de bien-être global des enfants est en général plus faible dans les pays affichant des écarts de revenu élevés. Une donnée préoccupante quand on sait que les enfants faisant état d’un faible niveau de satisfaction dans la vie courent, en moyenne, deux fois plus de risques de multiplier les comportements à risque. En France, on constate une différence notable de perception entre les adolescents notamment à 15 ans, les filles exprimant davantage une faible satisfaction. Les plus fortes disparités entre les sexes sont d'ailleurs observées en France et en Pologne...

Les morsures de l'austérité : qu'en disent les enfants et les jeunes ?

Donner la parole aux enfants et aux jeunes a été le moteur du projet "Austerity bites : Children's voices" porté par le Conseil de l’Europe et le Réseau Européen des Ombudsmans pour Enfants (ENOC). Textes et vidéos témoignent de manière très concrète ou poétique de leurs préoccupations en matière d'inégalités, de loisirs, d'éducation, d'avenir, de conflit et de pauvreté.