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Les Français veulent refaire société en étant mieux associés à la démocratie


Ludovic Viévard | 29 septembre 2016 | Mots-clés cohésion sociale citoyenneté engagement | Fils rouges conflits de normes

Dans l’Observatoire de la démocratie, enquête réalisée par Viavoice pour la Fondation Jean Jaurès et la Revue Civique, les Français se déclarent attachés à la démocratie mais inquiets pour son avenir. En effet, ils considèrent à 91% qu’elle est importante tout en jugeant à 60% qu’elle fonctionne mal et qu’elle pourrait être remise en cause à l’avenir (72%). Pourquoi ? Difficile d’en rendre compte finement dans la mesure où le sondage a procédé par questions ouvertes dont les réponses ont ensuite été regroupées en grandes catégories. Or la façon d’agréger les réponses est parfois étonnante (on ne sait par exemple pas si « les magouilles » intégrées au bloc « comportement des élus » est également comptabilisé dans le bloc « non-respect des lois »). Il apparaît cependant que le manque de valeurs communes est en cause, à relier à un faible vivre-ensemble et à des formes de communautarisme, notamment religieux.

En tête de liste des aspects négatifs de la démocratie viennent « le comportement des élus » (27%), l’architecture et le fonctionnement du « système politique » (17%) puis « la crise et le chômage » (12%). Suivent immédiatement des freins liés aux valeurs communes (même si on pourrait aussi inclure le comportement des élus dans la question des valeurs), comme « le manque de vivre-ensemble, de fraternité, de civisme, les discriminations » (11%) et « le comportement de minorités contre l'intérêt général, la laïcité : corporatismes, manifestations et blocages, communautarismes, etc. » (9%). Lorsqu’on leur demande d’identifier les risques à court terme pour la démocratie, seuls 4% citent spontanément « le délitement de la société, du vivre-ensemble, des valeurs républicaines ». Un chiffre qui peut sembler étonnamment bas, mais que l’on comprend mieux lorsque l’on voit que « l'extrémisme, le populisme, la xénophobie » et « le terrorisme, l'islamisme, les intégristes religieux » constituent deux catégories à part arrivant à la première et à la troisième place des facteurs de risque avec respectivement 23% et 14% !

Quelles sont les attentes des personnes interrogées pour renforcer la démocratie ? Être davantage entendues et mieux associées aux décisions. Cette volonté d’inclusion de la société civile au fonctionnement de la démocratie ressort nettement, notamment avec des attentes exprimées sur le référendum d’initiative populaire (75%), les consultations en lignes (71%), des consultations publiques ou des assemblées citoyennes (62%), etc. Il s’agit d’une volonté de « réappropriation du débat public par les citoyens […qui] fait aussi écho à de nouvelles formes de participation citoyenne, nées en dehors des partis et qui se sont multipliées ces dernières années ». Cette forte attente d’un pouvoir d’agir citoyen augmenté témoigne aussi des ambivalences des citoyens. L’enquête montre en effet que, dans leur grande majorité, les personnes interrogées ne se saisissent pas des moyens existant pour les associer aux débats. Comportement velléitaire ou inadaptation des outils actuels ? Le sondage ne le dit pas.