Vous êtes ici :

Les inégalités d’accès au numérique en quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 14 mars 2017 | Mots-clés inégalité statistique capabilités | Fils rouges chiffres

L'Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep), le Conseil général de l'économie (CGE) et l'Agence du Numérique publient depuis quelques années une enquête sur la diffusion des technologies de l'information et de la communication en France. Cette étude annuelle, réalisée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC), fait le point sur les équipements numériques des Français et sur leurs usages. L’Observatoire des inégalités s’est penché sur les résultats de l’enquête 2016 afin d’en souligner les principales conclusions en matière de fracture numérique.

Des inégalités d’accès aux technologies de l’information en baisse

Le premier constat est plutôt positif : la généralisation au cours des deux dernières décennies de l’accès aux technologies de l’information et de la communication a permis de progressivement réduire les écarts entre riches et pauvres, ou encore entre catégories socio-professionnelles. L’accès à Internet à domicile est de ce point de vue caractéristique : en 2004, 20 % des ouvriers et 76% des cadres disposaient d’Internet chez eux. En 2016, les écarts se sont resserrés au gré de la banalisation de l’usage d’Internet, puisque 98% des cadres et 84% des ouvriers disposent désormais d’un accès à domicile. Mais si la catégorie sociale est de moins en moins un facteur déterminant, l’âge reste un marqueur important : ainsi, parmi les retraités, même si l’usage d’Internet s’est largement développé, encore un tiers de foyers n’ont pas accès à Internet à domicile en 2016.

Une exclusion des « non connectés » plus forte ?

L’Observatoire des inégalités note avec justesse que, même s’ils sont de moins en moins nombreux, ceux qui n’ont pas accès aux nouvelles technologies se sentent de plus en plus exclus au fur et à mesure que les usages de ces technologies se développent. Ce qui est vrai pour la téléphonie mobile l’est peut-être encore davantage pour Internet. Or, bon an mal an, ce sont encore 10 millions de français qui n’ont pas accès au web à leur domicile, soit 15 % de la population. Plus inquiétant, ce sont les plus sensibles qui sont les moins équipés : le taux de personnes n’ayant pas accès à Internet atteint par exemple 25 % parmi les plus démunis et 43 % parmi les non-diplômés.  

Des taux d’équipement variables selon les revenus, les CSP… et plus encore l’âge

Du côté des équipements cette fois-ci, on constate que les écarts sont encore assez marqués par les revenus des ménages. A l’exception du téléphone portable, qui s’est généralisé dans à peu près toutes les catégories de population, le taux d’équipement reste très corrélé aux revenus pour ce qui concerne les tablettes tactiles, les ordinateurs ou encore les smartphones. Pour ces derniers, l’âge est toutefois un facteur bien plus déterminant encore que les revenus : ainsi, 95% des 18-24 ans possèdent un smartphone.

Des usages différenciés du numérique

Enfin, il semble que ce soit parmi les usages des technologies de l’information que les écarts soient les plus forts. C’est en tout cas ce que relève l’Observatoire des inégalités, en rappelant que « les démarches administratives par Internet concernent un Français sur six, mais 95 % des cadres. Près des trois quarts des ménages les plus aisés font des achats sur Internet, contre la moitié des plus modestes. »

On notera enfin ce paradoxe intéressant : la référence récurrente aux réseaux sociaux dans les médias cache en réalité un taux d’usage assez modeste. Plus surprenant encore, la part d’utilisateurs des réseaux sociaux est plus importante chez les employés que chez les cadres supérieurs. Ce qui amène l’Observatoire des inégalités à se demander si les réseaux sociaux ne s’apprêtent pas à suivre « le chemin de la télévision : autrefois signe de distinction, son rôle s’est inversé et les catégories diplômées cherchent à s’en éloigner. »