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Les inégalités de genre dans l’accès au sport : quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 30 novembre 2017 | Mots-clés mixité inégalité statistique discrimination politiques publiques | Fils rouges chiffres

La pratique du sport est marquée par des inégalités importantes entre femmes et hommes. Les données du ministère en charge du sport montrent clairement que les pratiques sont encore souvent très genrées, mais aussi que certains financements publics tendent à perpétuer ces inégalités en favorisant les sports qui sont davantage pratiqués par les hommes. Une récente enquête menée à Genève confirme ces tendances et montre également que les femmes rencontrent davantage d’obstacles pour pratiquer leurs activités sportives.

Des inégalités de pratique selon les sports…

Le premier constat que l’on peut faire concerne la répartition différenciée de certaines pratiques sportives en France. Les chiffres fournis par les fédérations de sport concernant leurs licenciés font ainsi apparaître des clivages nets. Le football compte par exemple le plus grand nombre de licenciés et s’avère très masculin puisque 95% des pratiquants sont des hommes. Ce pourcentage apparaît comme un record parmi les fédérations sportives les plus populaires, puisque même le rugby compte proportionnellement un peu plus de femmes parmi ses licenciés (6%). Plus surprenant, le tennis, second sport national en nombre de licenciés après le football, s’avère également assez largement dominé par les hommes qui représentent 70% des licenciés. A l’opposé, les femmes sont surreprésentées dans l’équitation (83%), la gymnastique (81%) ou encore la randonnée pédestre (63%). La natation et l’athlétisme présentent enfin un bilan plus équilibré.  

…que perpétuent les financements publics

A la lecture de ces chiffres, on comprend que l’investissement dans les équipements sportifs n’est pas neutre. Les terrains de grand jeu (football et rugby) arrivent par exemple en tête des équipements installés en France : ils représentent 16,1% des équipements sportifs, et ce alors même qu’ils s’adressent à un public très majoritairement masculin. Les terrains de tennis, qui sont également très majoritairement utilisés par des hommes, arrivent en seconde place, représentant 15% du total des équipements sportifs. A contrario, alors que l’équitation arrive en troisième position en terme de nombre de licenciés, ce sport très majoritairement pratiqué par les femmes bénéficie d’infrastructures qui ne représentent que 5,3% des équipements sportifs (soit la neuvième place en termes de catégories d’équipement sportif installés).  

D’autres inégalités contre lesquelles il faut lutter : l’exemple de la Ville de Genève

A la suite d’autres collectivités locales comme Bordeaux, la Ville de Genève s’est récemment penchée sur la question des inégalités de pratique sportive sur son territoire. Une étude menée en 2016-17 a ainsi pu confirmer que « les ressources mises à disposition par la Ville de Genève sont utilisées en majorité par les hommes. » Au-delà des seules infrastructures, ce sont aussi les soutiens divers apportés aux acteurs du sport qui participent de ces inégalités : ainsi, « 70% des ressources allouées aux activités sportives subventionnées sont utilisées par les hommes. »

L’enquête menée auprès des femmes révèle également que leurs pratiques sportives  « se heurtent à des contraintes particulières, telles que la difficile articulation des vies familiale et professionnelle, l’éloignement et l’aménagement de certains équipements, le sexisme ou encore, dans le cas des pratiques sportives libres, les facteurs limitant la présence des femmes dans l’espace public. » Illustration symptomatique, 30 % des femmes ayant répondu à l’enquête disent avoir été témoins de propos ou de gestes sexistes, et 26 % affirment en avoir été victimes durant leurs pratiques sportives.

Cette étude a finalement permis de formuler une dizaine de préconisations qui visent à améliorer la situation de la pratique sportive des femmes dans l’espace public, en s’inspirant des meilleures pratiques européennes. Histoire de prouver qu’il n’y a pas de fatalité en matière.