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Les vacances, un autre vecteur d'inégalité ?


Aurélien Boutaud | 31 août 2016 | Mots-clés inégalité statistique économie | Fils rouges publics exclus

L’Observatoire des Inégalités a profité de la période estivale pour publier une série d’articles sur les vacances des français. Appuyées sur de nombreux chiffres, notamment produits par le Credoc, ces analyses font ressortir la dimension profondément inégalitaire des périodes de congés. Car si 60% des ménages déclarent partir durant leurs vacances, cette proportion varie énormément en fonction de l’appartenance sociale et des revenus… mais pas seulement.

Les facteurs d’inégalité classiques : revenus, CSP…

Sans surprise, l'Observatoire constate d'abord que les 40% de français qui ne partent pas en vacances subissent cette situation, puisque seuls 13% d’entre eux déclarent ne pas partir par choix personnel. Le non départ s’explique avant tout par des raisons financières (pour 46% de ceux qui ne partent pas). Ce que confirment largement les chiffres concernant les départs en vacances, dont on constate qu’ils sont extrêmement corrélés aux niveaux de revenus : le taux de départ en vacance grimpe à 86% des personnes ayant un revenu supérieur à 3000 euros mensuels, contre 40% pour ceux dont le revenu est inférieur à 1200 euros par mois. Ainsi,  82% des cadres supérieurs  partent en vacance, contre 47% des ouvriers. Quant à ceux qui partent plus d’une fois par an, ils représentent seulement 10% des ouvriers… contre 43% des cadres supérieurs.

…mais aussi d’autres facteurs : le « capital social »

L’Observatoire des Inégalités remarque dans un autre article que, si les écarts sont si marqués entre catégories sociales, c’est aussi parce que les départs en vacances s’inscrivent dans un mode de vie : « par exemple parce qu’on a eu l’habitude de voyager avec ses parents (…), parce qu’on parle une langue étrangère (…). Mais aussi parce que ses amis voyagent et que raconter ses vacances lointaines (…) fait partie de la sociabilité, de l’image qu’on renvoie de sa famille notamment. » Sans compter que le capital social et familial permet également de faciliter les départs sur le plan matériel : ce sont ainsi paradoxalement les plus aisés qui « ont davantage l’occasion de bénéficier d’hébergements gratuits dans la famille ou chez des amis. » Et les pratiques dites collaboratives qui consistent à échanger son appartement via Internet ne font que renforcer cette tendance, puisqu’elles sont essentiellement le fait de propriétaires disposant de logements attractifs… bien loin de l’environnement souvent dégradé des banlieues populaires. 

Des mécanismes d’aide qui profitent d’abord aux plus aisés

Et comme si cela ne suffisait pas, les mécanismes d’aide au départ en vacances apparaissent souvent comme un mécanisme supplémentaire d’inégalité. C’est ce que constatait déjà en 2013 un rapport du Ministère de l’économie cité dans un dernier article de l’Observatoire des inégalités : les chèques vacances ou les aides de comité d’entreprises ne bénéficient en effet qu’aux salariés de certains organismes, en général de taille importante (grandes entreprises, administrations) et travaillant dans certains secteurs d’activités (les assurances, les banques… plutôt que la grande distribution). Ces mécanismes mènent à une situation pour le moins paradoxale puisque les classes moyennes supérieures et les hauts revenus bénéficient davantage des aides au départ en vacances que les bas revenus. Quant aux aides proposées par les CAF, elles ne concernent que 5% des ménages les plus défavorisés… laissant entre les deux tout un public oublié : « les salariés des TPE, les non-salariés, les non-actifs, mais aussi les jeunes, les isolés ou les couples sans enfants. »

Comme quoi, même durant les vacances, la question des inégalités reste cruellement d’actualité. On en viendrait presque à se réjouir de la rentrée !