Vous êtes ici :

Mesurer les multiples dimensions de la pauvreté avec les premiers concernés : un nouveau projet international d’ATD Quart Monde


Pierre Grosdemouge | 25 novembre 2016 | Mots-clés Europe / international pauvreté | Fils rouges politiques publiques

© Source : O. Dehoorne (2014), d’après Wagle (2002), OCDE (2001)

La pauvreté, plus qu’une question d’argent

Il est de plus en plus couramment admis, notamment par par les instances internationales en charge du développement, que la notion de pauvreté doit être questionnée afin de prendre en compte les multiples privations subies par un individu ou un ménage : en matière de santé, d’éducation ou plus largement de qualité de vie. C’est dans ce but qu’ont été forgés l’IDH (Indice de Développement Humain), ou plus récemment l’IMP (Indice Multidimensionnel de Pauvreté), du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Au-delà des indicateurs de revenus, ces indices prennent en compte les privations liées à la santé (espérance de vie à la naissance, mortalité infantile), à l’éducation (durée du parcours scolaire), et au mode de vie global (accès à l’eau, à l’électricité, aux toilettes…). l’IMP s’attache particulièrement au cumul de ces différentes privations, en calculant, pour un territoire ou un groupe donné, le nombre moyen de privations que subit simultanément une personne pauvre. Leur dimension internationale fait également la force de ces outils d’observation, puisqu’ils permettent, dans la limite des données disponibles, d’effectuer des comparaisons entre pays.
Utiles et pertinents, ces indices ont également leurs limites, et suscitent de nouvelles propositions.

ATD-Quart Monde milite pour de nouveaux outils

Pour ATD Quart-Monde, il reste notamment à évaluer l’importance relative des différentes dimensions de la pauvreté et à établir les relations existantes entre elles. Ce qui permettrait, par exemple, d’établir dans quelle mesure ces dimensions peuvent être complémentaires (additives) ou substituables (arbitrages entre certaines dimensions), ou si l’on peut constater des effets d’amplification d’une dimension de la pauvreté par une ou plusieurs autres (effet cocktail).

Il s’agit également de couvrir une gamme d’expériences de la pauvreté aussi large que possible (personnes en situation de handicap, de maladie, d’absence de logement, d’apatridie…) et de prendre en compte les effets spécifiques de la pauvreté selon les âges, les sexes et les lieux, et particulièrement en fonction du clivage urbain/rural.

ATD Quart Monde pointe enfin le fait que ces outils sont élaborés sans la participation des premiers concernés : les personnes ayant l’expérience de la pauvreté. Comme lors de précédent travaux, l’association défend la valeur de l’expertise directe, et la possibilité de la croiser avec la compréhension scientifique des chercheurs et technique des praticiens.

La méthode de croisement des savoirs, considérer les personnes en situation de pauvreté comme co-chercheurs

Faisant le constat que les solutions aux problèmes de pauvreté sont souvent élaborés d’en haut, par des professionnels et responsables dépourvus d’une expérience directe et que, d’autre part, les plus pauvres ne sont généralement considérés que sous l’angle de leurs manques et de leurs besoins, ATD Quart monde expérimente depuis 1996 des méthodes de travail en commun pour l’élaboration de réponses à la pauvreté. Ces méthodes (« croisement des savoirs et des pratiques », « co-formations »…) ont permis dans différents contextes de développer des réponses pertinentes et innovantes, tout en consolidant les personnes en situation de pauvreté dans un rôle positif de détenteurs d’irremplaçables savoirs de première main.

Pour aborder le renouvellement des indicateurs et les modes d’évaluation de la pauvreté, l’association s’associe donc avec des universitaires (économistes, sociologues, statisticiens) de différents pays (Angleterre, Mexique, Ouganda, Belgique…), des responsables d’instances internationales (Agence Française de Développement, Nations Unies, Banque Mondiale…) mais aussi des personnes en situation de pauvreté et des citoyens ordinaires. Leur participation aux équipes de recherche fournira aux personnes en situation de pauvreté une formation certifiée.

Il est prévu de réunir au total près de 3000 personnes dans les différentes composantes de la recherche, et de constituer près de 80 groupes de pairs dans les démarches de croisement des savoirs.

La recherche, prévue sur trois ans, sera menée dans sept pays : Bangladesh, Bolivie, Canada, États-Unis, France, Tanzanie, Royaume Uni et Ukraine. Un séminaire international de lancement a eu lieu en septembre 2016. Elle a débouché sur des propositions d’indicateurs et d’actions permettant d’améliorer la mesure et la connaissance de la pauvreté.

 

Sources :