Vous êtes ici :

Nouvelle édition du baromètre de la société inclusive


Aurélien Boutaud | 24 mars 2017 | Mots-clés inégalité statistique chômage éducation équité cohésion sociale représentations laïcité | Fils rouges chiffres

L’institut de sondage Kantar Public (ex TNS-Sofres) et le réseau des Pupilles de l’Enseignement Public (PEP) ont publié une nouvelle version de leur baromètre de la société inclusive. Où l’on apprend que la notion de société inclusive est encore mal connue, mais aussi que le sentiment d’inégalité est très fort parmi les français, qui sont une majorité à réclamer davantage de solidarité. Mais la laïcité et la relation aux immigrés restent des éléments de clivage importants. 

Un sentiment d’inégalité toujours aussi prégnant

Comme l’année précédente, les français interrogés dans le cadre de cette enquête sont d’abord questionnés sur la compréhension du terme de société inclusive. Et sur ce point, le constat réalisé par le baromètre est sensiblement identique à celui de l’année précédente : seuls 41% des français ont déjà entendu le terme de société inclusive, soit à peine plus que lors des enquêtes antérieures. Le concept est mieux identifié parmi les jeunes et les personnes diplômées ou appartenant à une catégorie socioprofessionnelle supérieure. La notion de solidarité est beaucoup plus prisée par les français, puisque ce principe arrive en quatrième position des principes jugés comme les plus importants de la République. C’est toutefois le principe d’égalité qui occupe la tête du classement. Et c’est également ce principe que les français ressentent comme le plus bafoué, puisque 77% des français interrogés considèrent que la société française est de plus en plus inégalitaire.

Inégalités face à l’emploi, la santé, le logement… et l’éducation.

Comme l’an dernier, on peut être surpris par l’absence des revenus dans le questionnement relatif aux inégalités – comme si l’inégalité ne méritait pas d’être questionnée de ce point de vue pourtant central. En l’absence de ce critère, c’est assez logiquement l’emploi (qui reste pour la plupart des français le principal moyen d’accéder à des revenus) qui arrive en tête des facteurs d’inégalité ressentie. L’accès aux soin et le logement arrivent ensuite, suivis cette année par l’éducation, qui semble devenir une préoccupation de plus en plus forte puisqu’un tiers des français (contre un quart seulement l’an dernier) jugent que l’inégalité face à l’éducation est répandue en France.

Un clivage plus marqué sur les moyens de lutter contre les inégalités

Le constat des inégalités est donc assez largement partagé, ce qui amène la majorité des français à réclamer davantage de solidarité. « Cette lutte se fait même, dans une certaine mesure, au détriment de la méritocratie, 63% des Français préférant lutter au maximum contre les inégalités entre tous les individus, plutôt qu’accepter les inégalités si elles sont fondées sur le mérite (plus important pour 31% des Français). » Ceci étant dit, sans grande surprise, le clivage droite-gauche est assez marqué sur cette question du mérite. Il en va de même concernant le choix des publics prioritaires, puisque d’un côté certains publics font consensus : c’est le cas des personnes handicapées, de celles qui ont très peu d’argent ou encore des personnes qui habitent des quartiers à forte insécurité. D’un autre côté, « les propositions de réduction des inégalités concernant les personnes étrangères et plus précisément les migrants suscitent de fortes crispations. » Par exemple, la mise à disposition de logements vacants pour accueillir les migrants est plébiscitée par 62% des sympathisants de gauche, contre 25% des sympathisants de droite et 15% de ceux du Front National.

Une laïcité à géométrie variable

Un autre élément de clivage important concerne la laïcité, qui est reconnue par 88% des français comme un principe républicain important. Ce consensus apparent cache en réalité des divergences profondes sur la définition de la laïcité. Ainsi, 24% des français considèrent que la laïcité doit assurer l’égalité entre tous les citoyens français sans distinction de religion, tandis que 22% pensent qu’elle doit plutôt permettre la liberté de culte et de conscience. Mais « de très nombreuses définitions moins partagées sont également présentes. Une grande partie d’entre elles sont d’ordre restrictif, voire punitif et s’attaquent aux religions elles-mêmes et à leurs pratiques » (c’est le cas par exemple de l’interdiction du port des signes religieux dans l’espace public).

Au final, c’est donc l’image d’une France assez divisée qui domine. Car si la nécessité de lutter contre les inégalités et les fractures sociales est assez largement partagée, en revanche, les moyens de lutter contre ces inégalités et les priorités à engager sont loin de faire consensus.