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Par quels canaux recrutent les entreprises ?


Boris Chabanel | 5 juillet 2016 | Mots-clés chômage économie insertion métiers | Fils rouges emploi & insertion

Faciliter la rencontre entre l’offre et la demande sur le marché du travail constitue un objectif clé des politiques de l’emploi. Celui-ci pose en particulier la question des canaux de recrutement, c’est-à-dire les canaux d’information et de communication par lesquels : les actifs recherchent des opportunités d’emploi et proposent leur candidature ; les entreprises prospectent des candidats et pourvoient leurs emplois. Plusieurs études montrent que le schéma classique « offre d’emploi-candidature-recrutement » est loin de correspondre à la majeure partie des recrutements à l’œuvre sur le marché du travail en France. Le canal par lequel on cherche n’est pas nécessairement celui par lequel on trouve. D’autre part, les canaux de recrutements utilisés par les entreprises peuvent différer fortement selon le secteur d’activités, la profession, la taille de l’entreprise.

Tenus d’« accomplir des actes positifs et répétés de recherche d’emploi », les demandeurs d’emploi sont incités à se tenir informés des offres d’emploi et faire acte de candidature. Pour autant, selon Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau du Centre d’Etudes de l’Emploi ces incitations n’ont de sens que si les emplois vacants sont publiés et qu’une large partie d’entre eux sont pourvus par ce biais. Or cela est loin d’être le cas. Exploitant les résultats de l’Enquête Emploi de l’Insee sur la période 2003-2012, les deux auteurs soulignent que, si plus des trois quarts des personnes à la recherche d’un emploi étudient les annonces (tous supports confondus), moins de 7% des personnes en emploi ont été embauchées en répondant à une annonce. Du côté des entreprises, Christian Bessy et Emmanuelle Marchal montrent, sur la base de l’enquête « Offre d’emploi et recrutement » de l’Insee, que moins d’un tiers d’entre elles font la démarche de diffuser des annonces (presse écrite, internet…) et ces dernières ne représentent que 12% de leurs recrutements. Ces constats reflètent ainsi un paradoxe. Alors qu’il permet a priori à un grand nombre de personnes d’avoir une information sur la demande des entreprises, le canal des annonces est en réalité mobilisé pour pourvoir un segment étroit du marché du travail : des emplois durables (part importante de CDI), correspondant à des professions intermédiaires, requérant des compétences précises (certifiées par un diplôme, un titre, etc.).

Les principaux canaux de recrutement sont en réalité informels. Près de la moitié des individus en emploi déclarent avoir été embauchés via une candidature spontanée ; environ 20% affirment avoir trouvé leur emploi grâce à leurs relations personnelles ou professionnelles. Outre leur faible coût pour l’employeur, ces canaux d’embauche présentent un certain nombre de spécificités. Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau soulignent dans une autre étude que les embauches via des candidatures spontanées sont beaucoup plus fréquentes dans les secteurs du commerce et des transports, concernent tout particulièrement des postes d’employés et professions intermédiaires, mais sont peu répandues dans les petites entreprises de moins de dix salariés. D’autre part, les recrutements via le recours au réseau apparaissent plus fréquents dans le secteur de la construction, les petites entreprises et pour les postes d’ouvriers et de cadre.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces travaux pour les acteurs du service public de l’emploi (Pôle Emploi, mission locale, etc.). Un premier enjeu concerne le renforcement de la transparence du marché local du travail : comment encourager et faciliter la publication par les entreprises de leurs postes vacants ? Un second enjeu renvoie au canal des candidatures spontanées. L’étude de Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau montre en effet que si les personnes demandeurs d’emploi, non diplômées, d’origine étrangère ou habitant une ZUS sont moins fréquemment recrutées par candidature spontanée, ce n’est pas parce que ce canal leur serait défavorable mais parce qu’elles l’activent moins que les autres. Dès lors, comment inciter et accompagner ces personnes à mieux se saisir du levier des candidatures spontanées ? Enfin, les acteurs du service public de l’emploi pourraient se donner pour ambition de renforcer leur rôle d’intermédiaire sur le marché local du travail : les enquêtes citées montrent que seuls 10% des personnes en emploi déclarent avoir été embauchées grâce à un intermédiaire public, et que 19% des recrutements des entreprises leur sont imputables. L’affirmation de ce rôle d’intermédiaire passe sans doute par une expertise plus fine des différents processus de recrutement à l’œuvre au sein du tissu économique local.

Source : Centre d’Etudes de l’emploi, Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau, 2015