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Politique inclusive versus politique égalitaire ? La scolarisation des enfants Roms


Pierre Grosdemouge | 30 décembre 2015 | Mots-clés inégalité minorité / majorité éducation | Fils rouges politiques publiques

Si l’immense majorité des Roms vivant en France (environ 400 000) est parfaitement intégrée, une partie d’entre eux (environ 17000) conserve un mode de vie nomade et précaire.
D’après l’estimation faite par le CNDH Romeurope [1], on compte 5000 à 7000 enfants roms présents en France, qui sont arrivés ou arriveront à l’âge de 16 ans sans avoir jamais ou presque été à l’école. La présence en France d’enfants non scolarisés est problématique au regard des textes nationaux et internationaux dont la France est signataire, et pose donc un problème d’efficacité voire d’effectivité des politiques d’insertion et d’éducation.
 
Les modalités de résolution de ce problème font apparaitre les tensions existant entre le modèle politique républicain égalitaire et le référentiel de la société inclusive. Ainsi, les élus locaux souvent en première ligne sur ces questions, se prévalent de traiter les Roms « comme tout le monde », en application du principe d’indistinction des citoyens. De leur coté, associations et instances internationales [2] appellent à la prise en compte des spécificités d’une « minorité », notion inexistante en droit français.
Dans les faits, cela se traduit par exemple par l’exigence d’une domiciliation sur la commune, condition qui peut être difficile à remplir pour des familles résidant en grande périphérie, parfois à la frontière de plusieurs communes. De même, les fréquentes évacuations de campements illégaux modifient les domiciliations administratives des familles et compliquent les parcours scolaires des enfants.
Afin de surmonter ces différences d’approche, le CCAS de Lille a, par exemple, organisé des rencontres entre les différents acteurs : associations, Éducation Nationale, service éducation de la Ville de Lille, afin de coordonner les actions de chacun dans le processus d’inscription et de suivre de près les demandes de scolarisation [3]. Ce dispositif a rapidement permis la scolarisation de 15 enfants et visait la scolarisation de 70 enfants.

[1]: http://www.romeurope.org/IMG/pdf/ETUDESCO-2.pdf
[2]: Voir par exemple Rita Iszák,rapporteure spéciale des Nations Unies sur les minorités, “Étude approfondie sur la situation des droits de l’homme des Roms dans le monde” http://www.lagazettedescommunes.com/372048/roms-la-plus-grande-responsabilite-repose-sur-les-autorites-locales/ 
[3]: http://www.unccas.org/scolarisation-des-enfants-roms#.Vo-mqPnhC70