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Prendre la mesure de la non-mixité des métiers


Boris Chabanel | 12 avril 2017 | Mots-clés mixité métiers représentations | Fils rouges emploi & insertion

Le renforcement de l’égalité professionnelle occupe une place importante dans la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes adoptée en 2014. Dans ce cadre, la progression vers une plus grande mixité des métiers a été déclarée comme une priorité par le Gouvernement et ce dernier a fixé l’objectif qu’un tiers des métiers deviennent mixtes d’ici 2025. Le Conseil économique, social et environnemental a souhaité apporter sa contribution au débat à travers un rapport qui permet souligner l’ampleur du défi à relever.

Considérant qu’un métier est dit mixte lorsque les femmes et les hommes représentent une part comprise entre 40% et 60% de ses effectifs, le CESE s’attache à brosser un tour d’horizon des métiers qui ne le sont pas. Premier constat, sur 87 familles professionnelles recensées par la statistique publique, seules 13 sont mixtes (ce qui représente seulement 16% des emplois). En dynamique, le CESE constate deux tendances. D’un côté, on observe une progression de la mixité des métiers chez les diplômés du supérieur et pour les professions de cadres, évolution de plus en plus affirmée avec les nouvelles générations. La réussite scolaire des filles a permis leur accès à des métiers autrefois très majoritairement occupés par les hommes. Depuis le début des années 1980, elles ont renforcé leur présence dans tous les champs professionnels (à des degrés divers) sauf dans l’informatique. Au total, la part des femmes dans l’ensemble des métiers de cadre a crû de 6 points entre 1990 et 2010, passant de 36,5% à 42,5%.

D’autre part, l’emploi féminin demeure globalement concentré sur un petit nombre de professions. Trois métiers de service aux particuliers (assistantes maternelles, aides à domicile et aides ménagères) comptent plus de 95% de femmes. Il en est de même des secrétaires. Les aides-soignants et les infirmiers sont à près de 90% des femmes. Ces professions regroupent à elles seules 20% de l’emploi féminin. A l’opposé, les conducteurs de véhicules, les ouvriers qualifiés du second œuvre du bâtiment et les ouvriers qualifiés du gros œuvre du bâtiment sont les trois métiers où la part des hommes est la plus forte. D’une manière, les déséquilibres de genre apparaissent concentrés sur les métiers des niveaux ouvriers et employés, dont les effectifs sont aussi les plus importants.

Enfin, de façon plus qualitative, le CESE constate que, tous métiers confondus, la part des emplois non qualifiés d’employés ou d’ouvriers est près de deux fois plus importante pour les femmes que pour les hommes. Or, selon le CESE, ce déséquilibre ne tient pas seulement aux compétences objectivement mises en œuvre dans ces emplois. Il est aussi à mettre en relation avec la définition et la représentation des métiers selon qu’ils sont à dominance féminine ou masculine. Parce qu’elles sont supposées s’appuyer sur des qualités naturelles, les professions de femmes n’ont que peu fait l’objet d’un travail de construction juridique, dans les conventions collectives, ou statistique, dans les nomenclatures d’emploi. Les professions masculines sont à l’inverse décrites très précisément, à la fois dans les spécialités de formation et dans les grilles de classification.

Selon le CESE, ce sont justement les stéréotypes de genre attachés aux métiers – certains rôles revenant naturellement aux hommes (l’action technique, la prise de décision, la représentation extérieure) et d’autres aux femmes (l’éducation des enfants, le soin apporté aux autres, l’organisation de la sphère domestique) – qui ont une influence déterminante, dès la première éducation, sur les choix d’orientation, de formation et de parcours professionnels. Ainsi, le CESE estime qu’une politique de promotion de la mixité des métiers doit donner la priorité à la déconstruction de ces stéréotypes, encore profondément ancrés et relayés par les médias, la politique, ou encore le cercle familial.

Source: CESE