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Promouvoir la mixité homme femme pour accroître la performance des entreprises


Ludovic Viévard | 5 octobre 2016 | Mots-clés mixité entreprise économie équité | Fils rouges citoyenneté

Mixité, quand les hommes s’engagent vient de paraître aux éditions Eyrolles. Réalisé sous la direction de Marie-Christine Mahéas, femme d’entreprise et ancienne présidente de Professional Women’s Network, l’ouvrage auquel ont contribué une vingtaine d’experts et une douzaine de grands patrons se présente comme un guide pratique proposant des moyens concrets de faire avancer l’égalité homme-femme dans l’entreprise. L’originalité de l’ouvrage est de reposer sur des arguments d'efficacité, en mettant en avant les bénéfices que les organisations peuvent tirer de la mixité, tant du point de vue des performances que du bien être au travail.

La mixité est d’abord un atout pour l’entreprise

L’ouvrage s’ouvre sur un rappel des inégalités entre femmes et hommes dans l’entreprise : pas de femmes à la tête d’une entreprise du CAC 40, peu dans les instances dirigeantes, des disparités salariales qui se retrouvent dans le montant des retraites, etc. Toutefois, l’argument mobilisé est moins celui de la justice ou de l'éthique que celui de l’efficacité : la mixité est un objectif d’autant plus nécessaire à atteindre pour l’entreprise qu’elle est porteuse d’innovation et de transformations pour les organisations. Ici, il n’est pas question de contrainte ou de réglementation ; l’enjeux est de convaincre de l’atout que représente la mixité. C’est ce que vise la première partie de l’ouvrage. Sandrine Devillard et Cécile Kossoff, de MacKinsey & company, livrent par exemple les résultats sans appel de leurs études conduites depuis 2006 dans le cadre de « Women Matter » : « lesentreprises ayant plus de femmes dans leurs instances dirigeantes sont plus performantes ». Mais si la mixité est bénéfique, ce n’est pas une baguette magique ! Elle apporte un plus à l’entreprise que dans la mesure où elle est une occasion de repenser ses modes de décisions, de partage de l’information et du pouvoir, d’organisation du travail, de management, etc.

Associer les hommes, l’unique façon de progresser efficacement

La cause des femmes a principalement été portée par les femmes. Il est désormais indispensable d’y associer les hommes, ne serait-ce que d’un point de vue pragmatique. L’ouvrage rappelle que « dans les 100 plus grandes sociétés européennes, les comités exécutifs sont composés à 89% d’homme ». C’est pourquoi la deuxième partie, intitulée « En quoi la mixité concerne les hommes », s’attache à montrer qu’inclure plus de femmes, et mieux, est une ambition qui doit animer les hommes. Il en va aussi de leur intérêt. Jérôme Ballarin, président fondateur de l’Observatoire de l’équilibre des temps et de la parentalité en entreprise (OPE) et Alexandre Jost, directeur du think tank la Fabrique Spinoza, exposent combien un milieu mixte bénéficie à l’homme tout au long de sa vie, qu’il soit étudiant, jeune professionnel, jeune père ou professionnel expérimenté. Dans la mesure où ce sont les hommes qui détiennent majoritairement le pouvoir décisionnaire, leur engagement en faveur de la mixité est indispensable pour qu’elle progresse effectivement. C’est ce dont témoignent douze grands partons, de Carlos Ghosn (Renault-Nissan) à Henri de Castries (Axa), en passant par Franck Riboud (Danone)… et dont les interviews sont regroupées en fin d’ouvrage.

De la théorie à l’action : des outils pratiques pour avancer

Au-delà des faits et des témoignages, les troisième et quatrième parties se veulent plus opérationnelles en proposant des leviers d’action. Comment préparer l’entreprise à évoluer vers plus de mixité ? En déconstruisant les stéréotypes de genre, masculins et féminins, qui constituent autant de freins. Il faut ensuite agir, aussi bien au niveau de l’entreprise qu’au niveau de l’individu, et, là encore, moins par la norme et la contrainte que par l’adhésion. Comment ? Un certain nombre de pistes concrètes sont évoquées. Par exemple, porter une vigilance toute particulière lors de « 5 moments clés où se joue la mixité » : les entretiens et les évaluations, les réunions, les augmentations de salaires, les promotions et l’arrivée des enfants. On trouve encore une série de pistes managériales, telles que la formation, le suivi des équipes, la culture d’entreprise, s’attaquer au présentisme, généraliser le mentoring, etc. Autant de pistes qui font de l’ouvrage une « boite à outil » dans laquelle piocher pour construire une politique d’entreprise, certes plus efficace, mais surtout plus juste.